
Oswiecim, Poland – April 7, 2018: Auschwitz Birkenau Gate Rail Entrance German Nazi Concentration and Extermination Camp in World War Two, Poland
Pour moi, la foi est une expérience intensément personnelle. Il existe évidemment de nombreuses réponses à la question « Où était Dieu pendant la Shoah ? », mais tout ce que je peux faire, c’est vous livrer la mienne. La première fois que je suis allé à Auschwitz, j’ai été tout simplement submergé. Je me tenais à Auschwitz-Birkenau, sur les rails qui ont acheminé des Juifs de toute l’Europe pour être gazés, brûlés et réduits en cendres. Les nazis ont réellement mis en péril leur propre effort de guerre afin de détourner des trains vers ce mal absolu, pratiqué pour lui-même. J’ai parcouru le Stammlager d’Auschwitz, voyant les valises, les bésicles, les lunettes, les cheveux, les nazis gardaient tout. Tout méritait d’être conservé, sauf une chose : la vie humaine.
Je ne pouvais pas y croire. Ils gardaient les valises, mais tuaient un million et quart de personnes, dont deux cent cinquante mille enfants d’enfants. Et puis, j’ai vu les photographies. Les premiers déportés arrivés à Auschwitz étaient photographiés (ils ont cessé de le faire assez vite, bien sûr). Mais il y avait là des photos d’enfants de quatre, cinq ou six ans. J’ai craqué. J’ai fondu en larmes et je me suis demandé : « Dieu, où étais-Tu ? »
Alors, des mots me sont venus à l’esprit. Je ne prétends pas qu’il s’agissait d’une quelconque révélation, mais voici ce qu’ils disaient : « J’étais dans les mots : “Tu ne tueras point”. J’étais dans les mots : “Tu n’opprimeras pas l’étranger”. J’étais dans les mots adressés à Caïn lorsqu’il a tué Abel (le premier meurtre dans la Bible): “Le sang de ton frère crie vers Moi depuis le sol.” »
Et soudain, j’ai compris que lorsque Dieu parle et que les êtres humains refusent d’écouter, Dieu Lui-même est impuissant dans cette situation. Il savait que Caïn allait tuer Abel, mais Il ne l’a pas arrêté. Il savait que Pharaon allait tuer les enfants israélites, et Il ne l’a pas empêché. Dieu nous donne la liberté et ne la reprend jamais. Mais Il nous dit comment utiliser cette liberté. Et quand les humains refusent d’écouter, même Dieu est sans pouvoir.
Puis, il y a la seconde réponse. Celle-ci m’est venue des survivants de la Shoah. Beaucoup m’ont confié avoir senti que Dieu était personnellement avec eux, leur donnant la force et le courage de survivre. Il y a des gens qui ont perdu la foi à Auschwitz ; d’autres qui l’ont gardée ; et d’autres encore qui l’ont trouvée à Auschwitz. À mes yeux, l’une des histoires les plus émouvantes est celle que Viktor Frankl a racontée sur lui-même.
A son arrivée à Auschwitz, on l’a dépouillé de tout : ses vêtements, son identité, et la chose qui lui était la plus précieuse (hormis sa femme et sa famille) : le livre qu’il avait écrit. Il a dit : « Quand on m’a pris cela, ma vie était finie. »
Puis évidement après avoir retiré leurs vêtements, on les a envoyés sous une douche, il s’attendait à ce que ce soit la mort. Mais il fut l’un des chanceux : ce n’était qu’une douche. Ensuite, on lui a donné des vêtements de rechange — les habits de personnes qui avaient été tuées. En enfilant ces vêtements, il trouva quelque chose dans l’une des poches. Il en sortit un morceau de papier déchiré d’un Siddour (un livre de prières).
Il y avait ces mots : « Shema Yisrael, Hashem Elokeinu, Hashem Echad » (Écoute Israël, l’Éternel est notre Dieu, l’Éternel est Un). « Ve’ahavta et Hashem Elokecha… » (Et tu aimeras l’Éternel ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force). Frankl a dit : « Ces mots m’ont transpercé. Ils me disaient : “Désormais, tu dois vivre chaque chose que tu as enseignée et pratiquée. Tu dois le vivre ici et maintenant, à Auschwitz.” »
Cela lui a donné le courage de faire ce qu’il a fait : redonner aux gens la volonté de vivre. Voilà donc où était Dieu pendant la Shoah. Il était dans les commandements et dans la sainteté de la vie qui furent si cruellement ignorés, et Il était dans le cœur de certains survivants qui L’ont trouvé, leur donnant la force de continuer.
Traduction : Haim Ouizemann
Source : Where do you think God was in the Holocaust? (Q1.1) | Educational Resources | Rabbi Jonathan Sacks’




