L'hébreu biblique
Le blog de Haïm Ouizemann

Parashat A’harei Mot, Méditation sur le principe de Vie

וַיִּקְחוּ בְנֵי-אַהֲרֹן נָדָב וַאֲבִיהוּא אִישׁ מַחְתָּתוֹ וַיִּ

Cet article est dédié tout particulièrement aux otages, femmes, hommes et enfants capturés par le mouvement terroriste du Hamas et aux parents attendant le retour des leurs.

La parashat A’harei Mot[1] débute par une thématique sur la mort (Lévitique 16 : 2) et s’achève par celle de la Vie :

ד אֶת-מִשְׁפָּטַי תַּעֲשׂוּ וְאֶת-חֻקֹּתַי תִּשְׁמְרוּ לָלֶכֶת בָּהֶם  אֲנִי יְהוָה אֱלֹהֵיכֶם. ה וּשְׁמַרְתֶּם אֶת-חֻקֹּתַי וְאֶת-מִשְׁפָּטַי אֲשֶׁר יַעֲשֶׂה אֹתָם הָאָדָם וָחַי בָּהֶם אֲנִי יְהוָה. (ויקרא יח: ד-ה)4 C’est à mes statuts que vous devez obéir, ce sont mes lois que vous respecterez dans votre conduite: c’est moi, l’Éternel, qui suis votre Seigneur. 5 Et vous observerez donc mes lois et mes statuts, parce que l’homme qui les pratique obtient, par eux, la vie: je suis l’Éternel. (Lévitique 18: 4-5).

Le texte biblique promet la Vie à ceux et à celles qui respecteront l’ensemble des mitsvoth, ordonnances divines autant rationnelles (Mishpatim) qu’irrationnelles (‘Houkim). La majorité des commentateurs (Rashi, Tan’houma, Aderet Elihaou…) s’accordent à penser que cette Vie ne sera octroyée que dans le monde futur.

וָחַי בָּהֶם: לָעוֹלָם הַבָּא, שֶׁאִם תֹּאמַר בָּעוֹלָם הַזֶּה. וַהֲלֹא סוֹפוֹ הוּא מֵת!”

“Et il vivra par eux: Dans le monde à venir. Car si tu disais qu’il s’agit de ce monde-ci, l’homme n’est-il pas mortel?” (Rashi sur le verset Lévitique 18: 5).


Ne pourrions-nous point, cependant, interpréter différemment cette idée selon laquelle cette Vie, vue comme une rétribution accordée dans le monde futur, relèverait en fait du monde présent ?

Il est du pouvoir de l’Homme observant les Mitsvoth d’augmenter la durée de sa vie:

יא כַּבֵּד אֶת-אָבִיךָ וְאֶת-אִמֶּךָ לְמַעַן יַאֲרִכוּן יָמֶיךָ עַל הָאֲדָמָה אֲשֶׁר-יְהוָה אֱלֹהֶיךָ נֹתֵן לָךְ. (שמות כ: יא)11 “Tu dois honorer ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent sur la terre que l’Éternel ton Dieu t’accordera. (Exode 20: 11).

“לְמַעַן יַאֲרִיכוּן יָמֶיךָ. אִם תְּכַבֵּד יַאֲרִיכוּן יָמֶיךָ וְאִם לָאו יִקְצְרוּן שֶׁדִּבְרֵי תּוֹרָה נוֹטְרִיקוֹן הֵם נִדְרָשִׁים מִכְּלָל הֵן לָאו וּמִכְּלָל לָאו הֵן:”

“Afin que se prolongent tes jours: Si tu les honores, ils se prolongeront, sinon ils se raccourciront. Les paroles de la Torah sont laconiques: l’interdiction se déduit du commandement actif, et inversement.” (Rashi sur le verset Exode 20: 11).

Comment expliquer que le fait d’honorer ses parents puisse avoir pour effet de rallonger la Vie des enfants en ce monde?  A cette interrogation s’ajoute celle de comprendre pourquoi la cinquième Parole, le fait d’honorer ses parents, se trouve placée avec les quatre premières, celles unissant la créature au Créateur?

La source biblique aspire à enseigner que notre rapport à la Vie et à son respect s’inscrit essentiellement selon notre aptitude éthique à reconnaître et à remercier la source vitale de notre existence en tant qu’être. Etre capable de prendre véritablement conscience de cette source constitue le fondement et la condition sine qua non du respect de la Vie sur l’ensemble du globe terrestre et par voie de conséquence du maintien du principe vital sous toutes ses formes, biologique, écologique, sociale et économique.

La permission divine donnée à l’Homme, après le déluge, de consommer la chair animale n’octroie pourtant pas à ce dernier un droit absolu sur le principal vital, le sang qui demeure la propriété exclusive de l’Eternel, la Source unique de tous les vivants:

י וְאִישׁ אִישׁ מִבֵּית יִשְׂרָאֵל וּמִן-הַגֵּר הַגָּר בְּתוֹכָם אֲשֶׁר יֹאכַל כָּל-דָּם וְנָתַתִּי פָנַי בַּנֶּפֶשׁ הָאֹכֶלֶת אֶת-הַדָּם וְהִכְרַתִּי אֹתָהּ מִקֶּרֶב עַמָּהּ. יא כִּי נֶפֶשׁ הַבָּשָׂר בַּדָּם הִוא וַאֲנִי נְתַתִּיו לָכֶם עַל-הַמִּזְבֵּחַ לְכַפֵּר עַל-נַפְשֹׁתֵיכֶם כִּי-הַדָּם הוּא בַּנֶּפֶשׁ יְכַפֵּר. (ויקרא יז: י-יא)10 Quiconque aussi, dans la maison d’Israël ou parmi les étrangers établis au milieu d’eux, mangera de quelque sang, je dirigerai mon regard sur la personne qui aura mangé ce sang, et je la retrancherai du milieu de son peuple. 11 Car le principe vital de la chair gît dans le sang, et moi je vous l’ai accordé sur l’autel, pour procurer l’expiation à vos personnes; car c’est le sang qui fait expiation pour la personne. (Lévitique 17: 10-11).

Les parents ont le devoir d’enseigner à leurs enfants l’interdiction de consommer le sang:

“כָּל-נֶפֶשׁ מִכֶּם, לְהַזְהִיר גְּדוֹלִים עַל הַקְּטַנִּים:”

“Aucune âme d’entre vous Pour que les adultes mettent en garde (éclairent) les enfants.” (Rashi sur le verset Lévitique 17 : 12).

Le but de la Torah est de faire prendre conscience très tôt à l’enfant appelé à devenir adulte responsable de son environnement que la consommation de viande même autorisée ne peut à aucun moment être érigée comme un idéal de Vie. Cet interdit explicite de consommer le sang de l’animal vise à faire comprendre à l’Homme que retirer une Vie à un être qui, comme lui, a été créé par l’Eternel, ne doit jamais être considéré avec légèreté.  

Autrement dit, le secret du rallongement de Vie ne relève point uniquement de l’ordre biologique mais principalement de l’ordre éthique. Ainsi, l’enfant respectant ses deux parents exprime par là-même sa pleine et entière reconnaissance à ceux-là mêmes qui lui ont donné Vie et surtout qui se sont inquiétés de son éducation. Cette reconnaissance constitue la première étape pour l’enfant qui, devenu adulte, sera à même de remonter progressivement à la Source vitale de toutes choses, l’Eternel. C’est la raison pour laquelle la cinquième Parole divine, le fait d’honorer ses parents, au lieu d’être inscrite sur la seconde Table du Témoignage (Lou’hot HaEdout/ לוּחוֺת הָעֵדוּת) relative au rapport de l’Homme à son prochain, se trouve sur la première Table de l’Alliance (Lou’hot HaBrit, לוּחוֺת הַבְּרִית).

Les massacres du 7 octobre et leur ampleur n’ont pu être possibles que parce que l’éducation des enfants de Gaza, entre autres, ne se fonde que sur la haine du juif et son élimination par tous les moyens. Le premier pilier sacré de l’Islam, la Shahida, incessamment enseigné à ces enfants dès leur naissance, prône avec force la grandeur de la mort interprétée comme le témoignage fidèle de la Parole divine. Le shahid, dans l’Islam, se veut témoin de l’accomplissement de la parole d’Allah. Tuer et assassiner au nom d’Allah devient alors non seulement légitime mais constitue un acte de foi nécessaire, par ailleurs rétribué dans le monde de l’au-delà. Le Coran promet la vie après la mort au Musulman qui se sacrifiera au nom d’Allah: Et ne dites pas de ceux qui sont tués dans le sentier d’Allah qu’ils sont morts. Au contraire ils sont vivants, mais vous en êtes inconscients”[2].

L’Europe fermant les yeux sur les programmes dits “éducatifs” à Gaza – n’a jamais cessé de verser des millions d’euros au système scolaire gazaoui et ce, malgré les avertissements répétés d’Israël, millions dont ont bénéficié ceux-là mêmes qui ont perpétré, au Shabbat du 7 octobre, ces crimes indescriptibles, abominables et impardonnables.   

Ce pogrom d’une violence inouïe survenu le Shabbat de Sim’hat Torah visait à éteindre la force et la flamme de Vie hébraïque inscrites dans le cœur de tout Juif. Ce fut le contraire. En effet, ce Jour sacré du calendrier hébraïque, commémorant la clôture de la lecture de la Torah et son recommencement, doit être profané en cas de danger immédiat, comme la Tradition orale l’y oblige: “פִקּוּחַ נֶפֶשׁ דּוֹחֶה אֶת הַשַּׁבָּת Pikou’ah Nefesh do’heh ett HaShabbat, Le sauvetage d’une vie repousse le Shabbat” (Selon le Talmud de Babylone, Traité Yoma 85, b) afin de sauver la Vie de tout être de quelqu’origine qu’il soit :

“תַּנְיָא, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: תִּינוֹק בֶּן יוֹמוֹ חַי, מְחַלְּלִין עָלָיו אֶת הַשַּׁבָּת, דָּוִד מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל מֵת, אֵין מְחַלְּלִין עָלָיו אֶת הַשַּׁבָּת. תִּינוֹק בֶּן יוֹמוֹ חַי מְחַלְּלִין עָלָיו אֶת הַשַּׁבָּת, אָמְרָה תּוֹרָה: חַלֵּל עָלָיו שַׁבָּת אַחַת, כְּדֵי שֶׁיִּשְׁמוֹר שַׁבָּתוֹת הַרְבֵּה. דָּוִד מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל מֵת אֵין מְחַלְּלִין עָלָיו, כֵּיוָן שֶׁמֵּת אָדָם בָּטֵל מִן הַמִּצְוֹת.”

“L’on enseigne, Rabban Shim’on ben Gamliel enseigne: ‘un bébé d’un jour vivant – pour lui, l’on doit profaner le Shabbat; David roi d’Israël meurt – l’on ne doit pas profaner le Shabbat pour lui‘. Un bébé d’un jour, l’on doit profaner le Shabbat, car la Torah enseigne: ‘Profane pour lui un seul Shabbat afin qu’il (le bébé devenu adulte) puisse respecter plusieurs Shabbats. David le roi d’Israël meurt – l’on ne doit pas profaner le Shabbat pour lui car lorsqu’un homme meurt, il est exempté d’observer les mitsvoth” (Talmud de Babylone, Traité Shabbat 151, b).

Comme l’affirme David lui-même dans son psaume:

יז  לֹא הַמֵּתִים יְהַלְלוּ-יָהּ וְלֹא כָּל-יֹרְדֵי דוּמָה. יח  וַאֲנַחְנוּ נְבָרֵךְ יָהּ מֵעַתָּה וְעַד-עוֹלָם הַלְלוּ-יָהּ. (תהלים קטו: יז-יח)17 Ce ne sont pas les morts qui loueront le Seigneur, ni aucun de ceux qui sont descendus dans l’empire du silence, 18 tandis que nous, nous bénissons l’Eternel, maintenant et à tout jamais. Alléluia! (Psaume 115: 17-18).

Effectivement, l’Homme, une fois mort, ne peut plus respecter les mitsvoth et, ce faisant, écouter la voix de l’Eternel:

“אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל:… ״וְחַי בָּהֶם״ (ויקרא יח: ה), וְלֹא שֶׁיָּמוּת בָּהֶם”.

“Rav Yehouda au nom de Shemouel enseignait : …”qu’il [l’Homme] vive par elles [les ordonnances divines] (Lévitique 18: 5) et non point qu’il en meure” (Talmud de Babylone, Traité Yoma 85, b).  

Je me rappelle d’un souvenir d’enfance qui m’avait profondément traumatisé. Une jeune enfant blessée lors d’un accident avait finalement succombé à ses blessures parce que ses parents, Témoins de Jehovah, avaient catégoriquement refusé toute transfusion sanguine pour des raisons de conscience religieuse.

La Torah est une Torah de Vie que rien ni personne ne pourra remettre en question.

יח  עֵץ-חַיִּים הִיא לַמַּחֲזִיקִים בָּהּ וְתֹמְכֶיהָ מְאֻשָּׁר. (משלי ג: יח)18 Elle est [la Torah] un arbre de Vie pour ceux qui s’en rendent maîtres: s’y attacher, c’est s’assurer la félicité. (Proverbes 3: 18).

[1] Parashat A’harei Mot: Lévitique 16: 1-18: 30.

[2] 2e sourate, verset 154, Al Bakara.

Shabbat shalom!

Haïm Ouizemann

Partager sur email
Partager sur whatsapp
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur print
Souscription au Blog par Email

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.
Rejoignez les 789 autres abonnés

Quelques mots sur moi

J’ai plus de 30 ans d’expérience dans l’étude et l’enseignement de la Bible. Il n’y a pas de limite à ce que la Bible prodigue comme connaissance et inspiration pour la vie.
A propos…

Souscription au Blog par Email

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.
Rejoignez les 789 autres abonnés

Archives