L'hébreu biblique
Le blog de Haïm Ouizemann

Parashat Beshalla’h, Un petit peuple épris de Liberté

וַיִּקְחוּ בְנֵי-אַהֲרֹן נָדָב וַאֲבִיהוּא אִישׁ מַחְתָּתוֹ וַיִּ

Cet article est dédié tout particulièrement aux otages, femmes, hommes et enfants capturés par le mouvement terroriste du Hamas et aux parents attendant le retour des leurs.

La parashat Beshalla’h[1] évoque comment, après la Sortie d’Egypte, la Providence divine n’abandonne jamais les Hébreux qui, préservés par la colonne divine de jour comme de nuit, vont traverser à pied sec la Mer des Joncs.

יח וַיַּסֵּב אֱלֹהִים אֶת-הָעָם דֶּרֶךְ הַמִּדְבָּר יַם-סוּף וַחֲמֻשִׁים עָלוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל, מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם. (שמות יג:יח)18 Et l’Eternel fit donc dévier le peuple du côté du désert, vers la mer des Joncs et les enfants d’Israël partirent armés du pays d’Égypte. (Exode 13:18).

Ce verset, l’un des plus difficiles à traduire, peut être interprété d’au moins deux manières différentes, comme le rapporte par ailleurs le grand commentateur médiéval Rashi.

En effet, la racine ‘H.M.Sh. /  ח.מ.שdu terme   וַחֲמֻשִׁיםrenferme deux sens, le premier signifiant “s’armer” et le second “prélever le cinquième de…”.

Quelle traduction choisir et pourquoi ?

La traduction la plus communément admise est celle de tous les traducteurs classiques, Louis Segond, John Darby, Samuel Cahen, André Chouraqui qui choisissent le premier sens: “s’armer” ou “s’équiper”. Ces traducteurs se fondent sur le fait biblique que les fils d’Israël seraient sortis d’Egypte puissamment armés, ce qui, selon Rashi, leur aurait donné l’avantage militaire sur leurs futurs ennemis, Og et Si’hon (Cf. Rashi). Mais comment expliquer, alors, la peur des Hébreux rattrapés par Pharaon et ses troupes ?  

Pourtant, une traduction plus minoritaire semble toutefois répondre au contexte biblique, selon laquelle seul un cinquième des Hébreux serait véritablement sorti d’Egypte.

D’ailleurs Rashi, soucieux de précision, ne manque point de rajouter à son premier commentaire celui-ci :

חֲמוּשִׁים: אֶחָד מֵחֲמִשָּׁה יָצְאוּ וְאַרְבָּעָה חֲלָקִים מֵתוּ בִּשְׁלֹשֶׁת יְמֵי אֲפֵלָה:

Hamoushim: Un cinquième (חֲמִשָּׁה ‘hamisha) est sorti [d’Egypte], les quatre cinquièmes étant morts pendant les trois jours de ténèbres.

L’on pourrait donc traduire :

יח וַיַּסֵּב אֱלֹהִים אֶת-הָעָם דֶּרֶךְ הַמִּדְבָּר יַם-סוּף וַחֲמֻשִׁים עָלוּ בְנֵי-יִשְׂרָאֵל מֵאֶרֶץ מִצְרָיִם. (שמות יג: יח)18 Et l’Eternel fit donc dévier le peuple du côté du désert, vers la mer des Joncs et le cinquième des enfants d’Israël partirent du pays d’Égypte. (Exode 13:18)

Ainsi, si l’on s’en tient à cette nouvelle traduction, seulement vingt pour cent des fils d’Israël seraient effectivement sortis de l’esclavage d’Egypte.

Cette notion de cinquième des Hébreux sortant d’Egypte rappelle le cinquième de la récolte du blé d’Egypte taxé par Joseph en vue des sept années de famine:

לד יַעֲשֶׂה פַרְעֹה וְיַפְקֵד פְּקִדִים עַל-הָאָרֶץ וְחִמֵּשׁ אֶת-אֶרֶץ מִצְרַיִם בְּשֶׁבַע שְׁנֵי הַשָּׂבָע. (בראשית מא:לד ראו בראשית מז:כו)34 Que Pharaon avise à ce qu’on établisse des commissaires dans le pays et qu’on impose d’un cinquième le territoire d’Égypte durant les sept années d’abondance. (Genèse 41:34; voir Genèse 47:26)

Il ressort de ces références que “le cinquième d’un tout” signifie dans la langue biblique, “la meilleur part”.

En somme, l’Eternel aurait choisi d’entre les Hébreux, la “meilleure part”, celle-là même qui a entendu Sa Parole :

יג וְהָיָה הַדָּם לָכֶם לְאֹת עַל הַבָּתִּים אֲשֶׁר אַתֶּם שָׁם וְרָאִיתִי אֶת-הַדָּם וּפָסַחְתִּי עֲלֵכֶם וְלֹא-יִהְיֶה בָכֶם נֶגֶף לְמַשְׁחִית בְּהַכֹּתִי בְּאֶרֶץ מִצְרָיִם. (שמות יב: יג)13 Et le sang, dont seront teintes les maisons où vous habitez, vous servira de signe: je reconnaîtrai ce sang et je vous épargnerai et le fléau n’aura pas prise sur vous lorsque je sévirai sur le pays d’Égypte. (Exode 12 : 13).

Le sang de l’agneau offert en sacrifice ne s’adresse pas tant à l’Eternel qu’aux Hébreux eux-mêmes – la Source biblique utilise le mot “LaKhem- לָכֶם  pour vous” – pour qu’ils puissent par l’acte même du sacrifice prendre pleinement conscience que la Liberté n’est jamais acquise par avance, ni octroyée par le fait du miracle, mais qu’elle doit s’acquérir par le fait de la volonté humaine. L’esclave n’est libre que par l’effet de sa propre volonté!

Là réside le sens profond de la Haggadah de Pessah, récit de la Sortie d’Egypte lu au soir du Seder le 15 Nissan de chaque année, lorsque nous réitérons à haute voix notre volonté d’être des hommes et des femmes libres de toutes les chaînes de la tyrannie:

עֲבָדִים הָיִינוּ לְפַרְעֹה בְּמִצְרָיִם, וַיּוֹצִיאֵנוּ יְיָ אֱלֹהֵינוּ מִשָּׁם בְּיָד חֲזָקָה וּבִזְרֹעַ נְטוּיָה. וְאִלּוּ לֹא הוֹצִיא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אֶת אֲבוֹתֵינוּ מִמִּצְרָיִם, הֲרֵי אָנוּ וּבָנֵינוּ וּבְנֵי בָנֵינוּ מְשֻׁעְבָּדִים הָיִינוּ לְפַרְעֹה בְּמִצְרָיִם. וַאֲפִילוּ כֻּלָּנוּ חֲכָמִים כֻּלָּנוּ נְבוֹנִים כֻּלָּנוּ זְקֵנִים כֻּלָּנוּ יוֹדְעִים אֶת הַתּוֹרָה מִצְוָה עָלֵינוּ לְסַפֵּר בִּיצִיאַת מִצְרָיִם. וְכָל הַמַּרְבֶּה לְסַפֵּר בִּיצִיאַת מִצְרַיִם הֲרֵי זֶה מְשֻׁבָּח.

“Nous étions des esclaves du Pharaon en Égypte, et l’Eternel, notre Seigneur, nous en a sortis avec une main forte et un bras étendu. Et si le Saint, béni soit-Il, n’avait pas sorti nos pères d’Égypte, alors nous, nos enfants et les enfants de nos enfants serions encore des esclaves du Pharaon en Égypte. Même si nous étions tous sages, tous intelligents, tous âgés et tous connaissant la Torah, il est un devoir pour nous de raconter l’histoire de la sortie d’Égypte. Et quiconque se montre plus abondant dans le récit de la sortie d’Égypte est digne de louange.”

La Haggadah de Pessa’h ne vise pas tant à nous renvoyer au passé d’un temps douloureux où nous étions les victimes d’un régime génocidaire mais surtout à nous préparer à construire un meilleur futur, grâce essentiellement au pouvoir de la transmission, la véritable arme d’Israël. Là réside le secret de la pérennité de la “שְׁאֵרִית הַפְּלֵטָה, du petit reste” (I Chroniques 4:43), les survivants d’Israël, le cinquième d’Israël.

ה וְהָיָה כֹּל אֲשֶׁר-יִקְרָא בְּשֵׁם יְהוָה יִמָּלֵט כִּי בְּהַר-צִיּוֹן וּבִירוּשָׁלִַם תִּהְיֶה פְלֵיטָה כַּאֲשֶׁר אָמַר יְהוָה וּבַשְּׂרִידִים אֲשֶׁר יְהוָה קֹרֵא. (יואל ג:ה) 5 Alors quiconque invoquera le nom de l’Eternel sera sauvé; car sur le mont Sion et dans Jérusalem le salut sera assuré, ainsi que l’a dit l’Eternel, comme il le sera, parmi les survivants, à ceux qu’élira le Seigneur. (Joël 3:5)

[1] Parashat Beshalla’h: Exode 13:17-17:16.

Shabbat shalom!

Haïm Ouizemann

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J’ai plus de 30 ans d’expérience dans l’étude et l’enseignement de la Bible. Il n’y a pas de limite à ce que la Bible prodigue comme connaissance et inspiration pour la vie.
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