L'hébreu biblique
Le blog de Haïm Ouizemann

Parashat ‘Haye Sarah, au nom d’un altruisme désintéressé

וַיִּקְחוּ בְנֵי-אַהֲרֹן נָדָב וַאֲבִיהוּא אִישׁ מַחְתָּתוֹ וַיִּ

es fleurs déposées sur la tombe du lieutenant Hadar Goldin, tué au cours de la guerre de six semaines à Gaza en 2014, lors de ses funérailles au cimetière militaire de Kfar Saba, le 11 novembre 2025 en Israël ( Abir SULTAN / POOL/AFP )

En hommage à Hadar Goldin (Zal), soldat israélien combattant de Tsahal, dont le corps fut détenu durant onze ans par le Hamas et finalement rendu à sa famille le 8 novembre 2025. Puisse sa mémoire être une source de bénédictions pour nous tous.

La parashat ‘Haye Sarah[1] (“La vie de Sarah”) débute par sa mort.

ב וַתָּמָת שָׂרָה בְּקִרְיַת אַרְבַּע הִוא חֶבְרוֹן בְּאֶרֶץ כְּנָעַן וַיָּבֹא אַבְרָהָם לִסְפֹּד לְשָׂרָה וְלִבְכֹּתָהּ. (בראשית כג:ב)2 et Sarah mourut à Kiryath-Arba, qui est Hébron, dans le pays de Canaan; Abraham y vint pour dire sur Sarah les paroles funèbres et pour la pleurer. (Genèse 23:2)

Avraham, affligé par la triste nouvelle du décès de son épouse la Matriarche Sarah, se met en quête d’une sépulture qui soit digne de sa chère épouse.

ד גֵּר-וְתוֹשָׁב אָנֹכִי עִמָּכֶם תְּנוּ לִי אֲחֻזַּת-קֶבֶר עִמָּכֶם וְאֶקְבְּרָה מֵתִי מִלְּפָנָי. ה וַיַּעֲנוּ בְנֵי-חֵת אֶת-אַבְרָהָם לֵאמֹר לוֹ. ו שְׁמָעֵנוּ אֲדֹנִי נְשִׂיא אֱלֹהִים אַתָּה בְּתוֹכֵנוּ בְּמִבְחַר קְבָרֵינוּ קְבֹר אֶת-מֵתֶךָ אִישׁ מִמֶּנּוּ אֶת-קִבְרוֹ לֹא-יִכְלֶה מִמְּךָ מִקְּבֹר מֵתֶךָ. (בראשית כג:ד-ו)4 “Je ne suis qu’un étranger domicilié parmi vous: accordez-moi la propriété d’une sépulture au milieu de vous, que j’ensevelisse ce mort qui est devant moi.” 5 Et les enfants de ‘Heth répondirent à Abraham en lui disant: 6 “Écoute-nous, Seigneur ! Tu es un dignitaire du Seigneur au milieu de nous, dans la meilleure de nos tombes ensevelis ton mort. Nul d’entre nous ne te refusera sa tombe pour inhumer ton mort.” (Genèse 23:4-6)

Abraham prononce l’éloge funèbre de Sarah tout en pleurant sa disparition.  

Le fait d’accompagner le mort à sa dernière demeure, de le pleurer et de prononcer sur lui un éloge funèbre constitue un acte de bienveillance et d’empathie et relève d’une noblesse d’esprit, d’une bonté vraie, à savoir une bonté totalement dénuée de toute forme d’intérêt personnel !

Ces trois dimensions – accompagner le mort, le pleurer et prononcer son éloge- se regroupent au sein d’une même mitsvah חֶסֶד שֶׁל אֱמֶת/ ‘Hessed shel Emet/Bonté de vérité.

Plus précisément, חֶסֶד (‘hessed) signifie “bonté pure, bienveillance” et   אֱמֶת (emet), “vérité, sincérité, fidélité”. Ensemble, cette expression désigne l’injonction d’accomplir des actes de bonté authentique et désintéressée qui sont aussi empreints de vérité et de justice, comme l’enseignent Rabbi Simlai et Rabbi El’azar :

“Rabbi Simlai a enseigné: ‘La Torah commence par la Guemilout Hassadim   גְמִילוּת חֲסָדִים/ (actes de bonté), et se termine par la גְמִילוּת חֲסָדִים. Au début, il est écrit:

  “וַיַּעַשׂ ה׳ אֱלֹהִים לְאָדָם וּלְאִשְׁתּוֹ כׇּתְנוֹת עוֹר וַיַּלְבִּשֵׁם.” (בראשית ג:כא)

“Et le Seigneur fit pour l’homme et sa femme des habits de peau, et les vêtit” (Genèse 3:21)

…et à la fin, il est écrit:

  “וַיִּקְבֹּר אוֹתוֹ בַּגַּי” (דברים לד:ו)

Et Il [Le Seigneur] l’enterra [Moïse] dans la vallée (Deutéronome 34:6) (Talmud de Babylone, Traité Sota 14a)

Cela signifie que la Torah commence et finit par des ‘actes de véritable bonté’ (גְמִילוּת חֲסָדִים). Au commencement, le Seigneur montre sa bonté en couvrant Adam et Ève, leur fournissant des vêtements après leur prise de conscience de leur nudité. À la fin, l’Eternel accomplit un acte de bonté ultime en enterrant Moïse, acte incarnant le חֶסֶד שֶׁל אֱמֶת (‘la vraie bonté’), car c’est une action finale faite sans espoir de retour ni de reconnaissance.

“אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, מַאי דִּכְתִיב: ״הִגִּיד לְךָ אָדָם מַה טּוֹב וּמָה ה׳ דּוֹרֵשׁ מִמְּךָ כִּי אִם עֲשׂוֹת מִשְׁפָּט וְאַהֲבַת חֶסֶד וְהַצְנֵעַ לֶכֶת עִם אֱלֹהֶיךָ״ (מיכה ו:ח). ״עֲשׂוֹת מִשְׁפָּט״ — זֶה הַדִּין, ״וְאַהֲבַת חֶסֶד״ — זוֹ גְּמִילוּת חֲסָדִים, ״וְהַצְנֵעַ לֶכֶת עִם אֱלֹהֶיךָ״ — זוֹ הוֹצָאַת הַמֵּת וְהַכְנָסַת כַּלָּה לַחוּפָּה. וַהֲלֹא דְּבָרִים קַל וָחוֹמֶר: וּמָה דְּבָרִים שֶׁדַּרְכָּן לַעֲשׂוֹתָן בְּפַרְהֶסְיָא, אָמְרָה תּוֹרָה ״הַצְנֵעַ לֶכֶת״, דְּבָרִים שֶׁדַּרְכָּן לַעֲשׂוֹתָן בְּצִנְעָא — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה.

“Rabbi El’azar dit: Que signifie le verset “Il t’a déjà dit, ô homme, ce qui est bon ! Et qu’est-ce que l’Eternel exige de toi? Pratiquer la justice, aimer la bonté et marcher humblement avec ton Seigneur” (Michée 6:8)? ‘Pratiquer la justice’: cela renvoie au jugement (la justice statutaire); ‘Aimer la bonté’: cela fait référence à l’accomplissement d’actes de bonté; ‘Marcher humblement avec ton Seigneur’: cela désigne l’accompagnement du défunt à sa sépulture et le cortège de la fiancée jusqu’à la houppa, Et que se passe-t-il en ce qui concerne les choses qui se passent habituellement en public? La Torah enseigne: ‘Marche humblement’. En ce qui concerne les choses qui se passent en privé, combien plus!” (Talmud de Babylone, Traité Soukka 49b)

Dans le contexte du TaNakh, cette mitsvah (injonction, ordonnance) est souvent associée à une forme très pure de bonté: חֶסֶד שֶׁל אֱמֶת/ ‘Hessed shel Emet/’Bonté de vérité’, littéralement ‘la véritable bonté’. Ce type de bonté est illustré par exemple dans le soin rendu aux défunts, où aucune reconnaissance ni récompense n’est attendue, faisant de cette action l’expression la plus pure de la mitsvah de la bonté selon la vérité .​

Autrement dit, selon les Sages d’Israël, le principe fondamental d’éthique גְמִילוּת חֲסָדִים/Guemilout Hassadim (‘actes de bonté’) appliquée au devoir de rendre les derniers honneurs aux défunts, équivaut, sur le plan éthique, à l’organisation du mariage pour une jeune femme!  

Ainsi, מִצְוָה שֶׁל חֶסֶד וֶאֱמֶת  /mitsvah shel ‘hessed ve’emet se traduit comme un commandement d’actes de bienveillance sincères et véridiques, un idéal moral central dans la tradition hébraïque.

Moïse et Josué son successeur, eux aussi, incarnent le principe de mitsvah shel ‘hessed ve’emet/מִצְוָה שֶׁל חֶסֶד וֶאֱמֶת/’Mitsvah de bonté et de vérité’.

En effet, Moïse prend avec lui les ossements de Joseph lors de la sortie d’Égypte pour les ramener en Erets Israël (Exode 13:19), accomplissant ainsi la dernière volonté de Joseph (Genèse 50:25). Moïse a lui-même pris soin de conserver les ossements de Joseph pendant les 40 ans d’errance dans le désert, démontrant une grande fidélité à la promesse faite à Joseph et à sa mémoire. Joseph avait expressément demandé d’être ramené en Terre promise, bien qu’il ait grandi loin de ses frères et vécu en Égypte, ce qui reflète sa fidélité à son identité hébraïque, même isolé et en exil.

C’est finalement Josué qui enterre les ossements de Joseph en Terre d’Israël (Josué 24:32), accomplissant ainsi la dernière volonté de Joseph.

Hadar Goldin, né le 18 février 1991, est fiancé au moment de sa mort. Il était connu pour son sens du devoir, sa bienveillance envers ses camarades et son engagement religieux et culturel profond. Sous-lieutenant dans Tsahal, chef d’équipe à la brigade Giv’ati, Hadar Goldin, soldat d’élite, est, le 1er août 2014, tué au combat durant l’opération Bordure protectrice, près de Rafah. Son corps est enlevé par le Hamas dans un tunnel souterrain. Pendant 11 ans, le Hamas a refusé de restituer sa dépouille et sa famille a mené une longue campagne pour son retour. Finalement, après plus de 11 ans, ses restes ont été restitués et inhumés en Israël avec les honneurs militaires. « Dans la vie, tu peux choisir de faire des choses pour toi-même ou tu peux choisir de faire de grandes choses », a dit Hadar à propos de sa motivation à devenir officier.

Il s’agit là d’un altruisme absolument désintéressé!

Pourquoi la Torah met-elle tant l’accent sur cet altruisme caractérisé par un dévouement pur et spontané, marqué par une générosité, une bienveillance et une empathie profondes?

La Torah propose en fait un raisonnement a fortiori.

La Torah vise à enseigner à Israël et, à travers lui, à l’Humanité tout entière que le monde ne peut être réparé de ses fractures que par le partage désintéressé du Savoir, comme d’une part de notre argent en faveur d’œuvres philanthropiques.

Interrogé en 1955 sur la propriété du brevet relatif au vaccin antipoliomyélitique, Jonas Salk répond: “le peuple”. Aucun brevet n’est déposé, ce qui accélère la diffusion du vaccin à grande échelle. Finalement, le brevet adopté mondialement permet de sauver des millions de vies.​ Alexander Fleming découvre en 1928 l’effet antibactérien de la Penicillium, phénomène naturel difficilement brevetable en tant que tel, et ni lui ni ses collaborateurs n’ont déposé de brevet sur la molécule même. Quant à Sir Tim Berners‑Lee, il n’a pas breveté le protocole et les standards du Web, favorisant leur disponibilité libre et l’interopérabilité universelle. Ce choix a été déterminant pour l’adoption explosive du Web au début des années 1990 et son rôle de plateforme mondiale de communication et de connaissance dans le but de rapprocher les hommes et permettre une plus grande fluidité dans la transmission de la Connaissance.

ט אֵלֶּה, תּוֹלְדֹת נֹחַ נֹחַ אִישׁ צַדִּיק תָּמִים הָיָה בְּדֹרֹתָיו אֶת-הָאֱלֹהִים, הִתְהַלֶּךְ-נֹחַ. (בראשית ו”ט)9 Celles-ci sont les engendrements de Noé. Noé fut un homme juste, parfait, entre ses contemporains ; il marchait avec le Seigneur. (Genèse 6:9)

אֵלֶּה תּוֹלְדֹת נֹחַ נֹחַ אִישׁ צַדִּיק: הוֹאִיל וְהִזְכִּירוֹ סִפֵּר בִּשְׁבָחוֹ שֶׁנֶּאֱמַר זֵכֶר צַדִּיק לִבְרָכָה. דָּבָר אַחֵר לְלַמֶּדְךָ שֶׁעִקָּר תּוֹלְדוֹתֵיהֶם שֶׁל צַדִּיקִים מַעֲשִׂים טוֹבִים:” (רש”י על הפסוק בראשית ו:ט)

“Celles-ci sont les engendrements de Noa‘h. Noa‘h fut un homme juste: Puisqu’on le nomme, on fait son éloge, [alors que l’emploi du mot “générations” aurait dû plutôt conduire à l’énoncé d’une généalogie], ainsi qu’il est écrit: “le souvenir du juste est une bénédiction” (Proverbes 10, 7). Autre explication: C’est pour t’apprendre que les “générations” les plus essentielles laissées par les justes sont constituées par leurs bonnes œuvres” (Rashi sur le verset Genèse 6:9).


[1] Parashat ‘Hayeh Sarah: Genèse 23 :1-25 :18.

Shabbat Shalom!

Haim Ouizemann

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Une réponse

  1. Merci de tout ❤️ pour votre générosité à nous transmettre ce bel enseignement Haïm Ouizemann .
    Shavoua Tov

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Quelques mots sur moi

J’ai plus de 30 ans d’expérience dans l’étude et l’enseignement de la Bible. Il n’y a pas de limite à ce que la Bible prodigue comme connaissance et inspiration pour la vie.
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