
L’extrait de la parashat “Ki Tissa”[1] lue en ce Shabbat de ‘Hol HaMoëd Pessa’h a été choisi par les Sages d’Israël car il révèle que le pouvoir du pardon divin après la faute du veau d’or est possible et même nécessaire. La liberté ne s’acquiert point immédiatement. Elle est le fruit d’un long cheminement souvent traversée par des chutes difficiles mais salvatrices. Les fils d’Israël libérés d’Egypte après des centaines d’années d’esclavage ne prennent pas toute la mesure de leur libération. Le pardon divin arraché par Moïse témoigne que la miséricorde doit s’appliquer au futur peuple d’Israël encore au stade embryonnaire. D’ailleurs, la mention du terme “AM”/ Peuple/עָם revient à maintes reprises dès le début de cet extrait (Exode 33:12;13;16).
La seconde raison du choix de cette parashah réside dans la mention des trois fêtes agricoles de montée à Jérusalem, à savoir Pessa’h, Shavouot et Soukkot.
- Pessa’h:
| יח אֶת-חַג הַמַּצּוֹת, תִּשְׁמֹר שִׁבְעַת יָמִים תֹּאכַל מַצּוֹת אֲשֶׁר צִוִּיתִךָ לְמוֹעֵד חֹדֶשׁ הָאָבִיב: כִּי בְּחֹדֶשׁ הָאָבִיב יָצָאתָ מִמִּצְרָיִם. (שמות לד:יח) | 18 Tu garderas la fête des Matsot [Azymes]: sept jours tu mangeras des azymes, comme je te l’ai prescrit, à l’époque du mois de la maturation du blé (Aviv), car c’est dans ce mois de maturation du blé (Aviv) que tu es sorti de l’Égypte. (Exode 34:18) |
- Shavouot et Soukkot :
| כב וְחַג שָׁבֻעֹת תַּעֲשֶׂה לְךָ בִּכּוּרֵי קְצִיר חִטִּים וְחַג הָאָסִיף תְּקוּפַת הַשָּׁנָה. (שמות לד:יח) | 22 Et tu feras pour toi la fête des Semaines [Shavouot], prémices de la moisson du froment; puis la fête de l’automne, de la récolte du froment, au tournant de l’année [renouvellement de l’année]. (Exode 34:22) |
Pourquoi le texte évoque-il nommément les fêtes de Shavouot, fête des Semaines חַג שָׁבֻעֹת ou fête de la moisson [Katsir/ קָצִיר] et de Soukkot, la fête agricole de la récolte חַג הָאָסִיף, alors même que le temps de Pessa’h, la fête des pains azymes חַג הַמַּצּוֹת débute à peine?
Les termes de “Aviv/אָבִיב/orge mûr” (cf. Exode 9:31) et “Bikkourei Ketsir ‘Hittim / בִּכּוּרֵי קְצִיר חִטִּים/les prémices de la moisson du froment” s’appliquent au temps de Shavouot; et “וְחַג הָאָסִיף/ /Ve’Hag HaAssiPh/la récolte [de celui-ci]” concerne plutôt le temps de Soukkot.
Que signifie cette succession chronologique des trois principaux temps qui, s’inscrivant au rythme agricole des cultures céréales -orge puis blé- constituent des temps de montée à Jerusalem ?
L’orge (Pessah) représente l’existence physique de base, le côté matériel ou animal de l’homme. La sortie d’Égypte est essentiellement une libération physique, c’est pourquoi l’offrande de l’Omer est faite d’orge. Le blé (Shavouot), quant à lui,symbolise la connaissance (דַּעַת Da’at) et la libération spirituelle. Pour la fête du don de la Torah, l’offrande (les “deux pains” (שְׁתֵּי הַלֶּחֶם Shté HaLé’hem)) est donc apportée à partir du blé de haute qualité. Autrement dit, la liberté physique a pour but de mener à la liberté spirituelle.
Quel est le but de ces deux formes de liberté indissociables l’une de l’autre?
La fête de Soukkot nous apprend que le but ultime de ces deux libertés réside dans le fait de s’installer à Jérusalem, en Israël pour y récolter les fruits du sol et y construire une société modèle fondée sur la justice et l’amour. L’expressionתְּקוּפַת הַשָּׁנָה /Tekouphat HaShanah” (Exode 34:22) signifie littéralement La fête de la récolte au tournant de l’année. Elle rappelle que la liberté acquise à la sortie d’Égypte (Pessa’h) n’est complète que lorsqu’elle s’enracine profondément dans la terre d’Israël et qu’elle boucle le cycle annuel par la reconnaissance envers l’Eternel lors de la récolte finale. Moïse implore l’Eternel de le laisser entrer en Erets Israël afin d’y accomplir la troisième phase de sa vocation. Après moultes prières de Moïse, l’Eternel lui permettra de ne voir la terre d’Israël que de loin.
Sur la base exégétique de la source biblique, les Sages d’Israël usent de l’expression des “quatre langues” – les quatre coupes de vin au soir du Seder de Pessa’h – relatives à la Sortie d’Egypte:
1. וְהוֹצֵאתִי (Vehotseti) – “Je vous ferai sortir”.
2. וְהִצַּלְתִּי (Vehitsalti) – “Je vous sauverai”.
3. וְגָאַלְתִּי (Vega’alti) – “Et Je vous libérerai” (ou “Je vous rachèterai”)
4. וְלָקַחְתִּי (Velaka’hti) – “Et Je vous prendrai”
L’Eternel dit: “Je vous prendrai pour mon peuple”. C’est l’annonce du don de la Torah sur le Mont Sinaï. La liberté n’est plus seulement une absence de chaînes, elle devient un projet de vie et une Alliance.
A ces quatre phases rédemptrices, la source biblique rajoute une cinquième expression, souvent mise à part:
5. וְהֵבֵאתִי (Veheveti) – “Je vous ferai entrer”
Alors que les quatre premières expressions se sont réalisées immédiatement avec la sortie d’Égypte et le Sinaï, la cinquième concerne l’entrée en Terre d’Israël.
Puisque cette étape représentait un futur lointain pour la génération du désert (et la fin de l’exil pour nous), nous ne buvons pas de cinquième coupe obligatoire. A la place, nous versons la Coupe d’Élie (Koss shel Eliyahou כּוֹס שֶׁל אֵלִיָּהוּ), le prophète qui annoncera la rédemption finale. Aujourd’hui, le peuple hébreu/juif jouit de ce mérite de pouvoir accomplir le rêve de Moïse: vivre pleinement organiquement et spirituellement, corps et âme le cycle des trois temps de la Rédemption du peuple d’Israël sans plus de dissociation aucune. Pessa’h, Shavouot et Soukkot sont plus que des fêtes agricoles. Elles incarnent la בְּרִית Berit, l’Alliance conclue avec les Patriarches d’Israël.
| ח וְהֵבֵאתִי אֶתְכֶם, אֶל-הָאָרֶץ, אֲשֶׁר נָשָׂאתִי אֶת-יָדִי, לָתֵת אֹתָהּ לְאַבְרָהָם לְיִצְחָק וּלְיַעֲקֹב; וְנָתַתִּי אֹתָהּ לָכֶם מוֹרָשָׁה, אֲנִי יְהוָה. (שמות ו:ח) | 8 Puis, je vous emmènerai sur la Terre [Erets] que j’ai solennellement promise à Abraham, à Isaac et à Jacob; je vous la donnerai comme possession héréditaire, moi l’Éternel.’ ” (Exode 6:8) |
[1] Parashat Shabbat Hol HaMoëd Pessa’h: Exode 33:12- 34:26.

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Shabbat Shalom !
Haim Ouizemann




