
La parashat Shela’h Lekha[1] a pour thème principal les douze princes d’Israël qui, envoyés par Moïse en Erets Cana’an afin d’observer la future terre d’Israël avant d’y entrer, vont médire sur cette dernière :
| כז וַיְסַפְּרוּ-לוֹ וַיֹּאמְרוּ בָּאנוּ אֶל-הָאָרֶץ אֲשֶׁר שְׁלַחְתָּנוּ; וְגַם זָבַת חָלָב וּדְבַשׁ הִוא וְזֶה-פִּרְיָהּ. כח אֶפֶס כִּי-עַז הָעָם הַיֹּשֵׁב בָּאָרֶץ וְהֶעָרִים בְּצֻרוֹת גְּדֹלֹת מְאֹד וְגַם-יְלִדֵי הָעֲנָק רָאִינוּ שָׁם. (במדבר יג:כז-כח) | 27 et lui firent ce récit: “Nous sommes entrés dans le pays où tu nous avais envoyés; oui, vraiment, il ruisselle de lait et de miel, et voici de ses fruits. 28 Mais il est puissant le peuple qui habite cette Terre! Puis, les villes sont fortifiées et très grandes, et même nous y avons vu des descendants d’Anak! (Nombres 13:27-28) |
Parmi les douze explorateurs, deux d’entre eux vont se démarquer. Yehoshua Bin Noun et Calev ben Yefouné vont, quant à eux, défendre la grandeur d’Erets Israël et le mérite d’y entrer :
| ז וַיֹּאמְרוּ אֶל-כָּל-עֲדַת בְּנֵי-יִשְׂרָאֵל לֵאמֹר הָאָרֶץ אֲשֶׁר עָבַרְנוּ בָהּ לָתוּר אֹתָהּ טוֹבָה הָאָרֶץ מְאֹד מְאֹד. (במדבר יד:ז) | 7 Et ils parlèrent à toute la communauté-témoin des fils d’Israël en ces termes: “La Terre que nous avons traversée pour l’explorer, cette Terre est bonne, elle est très très bonne. (Nombres 14:7) |
Que défendent donc au juste les deux princes d’Israël, Josué bin Noun et Calev ben Yefouné ?
Ces deux princes, largement minoritaires parmi les leurs, défendent la vision de l’avènement du processus de la rédemption du peuple d’Israël. Ce processus est décrit dans la Torah sous forme de triptyque: sortie d’Egypte, don de la Torah au mont Sinaï et entrée en Erets Israël. L’arrivée en Erets Israël constitue le paroxysme de la rédemption du peuple d’Israël. L’Eternel a promis qu’Il donnerait Erets Israël mais Il ne la donne qu’à la condition que le peuple daigne accepter ce don.
L’Eternel n’a-t-Il point promis la terre d’Israël aux trois Patriarches d’Israël, à Avraham (Genèse 12:7; 15:18), à Its’hak (Genèse 26:3) et à Ya’akov (Genèse 28:13)?
Refuser d’entrer en terre d’Israël et, qui plus est, médire sur elle, l’une des plus graves fautes que connaisse la Thora, revient à nier et à profaner la promesse divine du don d’Erets Israël !
| ז וַיֵּרָא יְהוָה אֶל-אַבְרָם וַיֹּאמֶר לְזַרְעֲךָ אֶתֵּן אֶת-הָאָרֶץ הַזֹּאת וַיִּבֶן שָׁם מִזְבֵּחַ לַיהוָה הַנִּרְאֶה אֵלָיו. (בראשית יב:ז) | 7 Et l’Éternel apparut à Abram et dit :”C’est à ta postérité que je destine ce pays.” Il bâtit en ce lieu un autel à l’Eternel qui lui était apparu. (Genèse 12:7) |
Puis, à la suite de ce narratif sur l’importance et la nécessité de venir vivre en Erets Israël en vertu de la promesse divine, la parashat Shela’h Lekha décrit l’importance de pratiquer de nombreuses mitsvoth, à savoir pratiquer le prélèvement de la ‘Halla (הַפְרָשַׁת חַלָּה Hafrashat ‘Hallah), le port des Tsitsit et les libations de vin et d’huile accompagnant les sacrifices offerts par les fils d’Israël.
Quel rapport pouvons-nous établir entre ces injonctions divines, l’histoire des explorateurs et la volonté farouche de Josué bin Noun et de Calev ben Yefouné d’entrer en Erets Israël, sans peur ni reproche ?
Une lecture attentive révèle un rapport aussi bien implicite qu’explicite entre le fait de s’implanter, de vivre en Erets Israël et la pratique de toutes ces injonctions positives.
En effet, à propos du prélèvement de la ‘Halla, la Thorah introduit cette mitsvah avec des termes tout-à-fait singuliers:
| יח דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם בְּבֹאֲכֶם אֶל-הָאָרֶץ אֲשֶׁר אֲנִי מֵבִיא אֶתְכֶם שָׁמָּה. יט וְהָיָה בַּאֲכָלְכֶם מִלֶּחֶם הָאָרֶץ תָּרִימוּ תְרוּמָה לַיהוָה. (במדבר טו:יז-יח) | 18 “Parle aux enfants d’Israël et dis-leur: Quand vous entrerez dans la Terre où Je vous conduis, 19 lorsque vous mangerez du pain de la Terre, vous en prélèverez un tribut au Seigneur. (Nombres 15:17-18). |
Cette ordonnance dépend intrinsèquement de la Terre d’Israël (Mi-DeOraïta, מִדְּאוֹרָיְתָא Selon la Torah). De plus, les Sages d’Israël déduisent du mot «בְּבֹאֲכֶם אֶל-הָאָרֶץ/ Bevo’akhem el ha’arets » (qui implique l’entrée de la totalité d’entre vous) que l’obligation de la Torah ne s’applique que lorsque la majorité du peuple juif réside sur sa terre. Par conséquent, dès la destruction du Premier Temple (et même durant l’époque du Second Temple, car tout le peuple n’était pas remonté avec Ezra), la mitsvah a perdu son statut impératif d’origine de niveau biblique. Afin que la loi de la ‘Halla ne tombe pas dans l’oubli, les Sages ont instauré le décret selon lequel ce commandement continue de s’appliquer à notre époque, tant en Terre d’Israël qu’en diaspora (מִדְּרַבָּנָן MiDerabanan, ‘Selon les Sages’).
Quant à l’ordonnance du port des צִיצִית Tsitsit, l’on peut rattacher cette mitsvah à l’épisode dramatique des explorateurs (Parashat HaMeraguelim הַמְּרַגְּלִים פָּרָשַׁת). Il nous faut noter que la Parashat HaTsitsit פָּרָשַׁת הַצִּיצִית suit immédiatement la Parashat HaMeraglim הַמְּרַגְּלִים פָּרָשַׁת. A travers les générations, les Sages ( חז”ל’Hazal) et les commentateurs se sont penchés sur cette juxtaposition, soulignant que les Tsitsit font office de « remède » ou de réparation psychologique face à la défaillance qui a conduit au péché des explorateurs.
Le lien le plus immédiat et le plus flagrant réside dans l’utilisation de la racine hébraïque ת.ו.ר. (T.Ou.R. : ‘explorer, chercher, tourner autour’). Dans l’épisode des explorateurs, Moïse les envoie en mission, une démarche définie à maintes reprises par le verbe ת.ו.ר. TOuR:
| ב שְׁלַח-לְךָ אֲנָשִׁים, וְיָתֻרוּ אֶת-אֶרֶץ כְּנַעַן… (במדבר יג:ב) | 2 “Envoie toi-même des hommes pour qu’ils explorent le pays de Canaan…” (Nombres 13:2) |
| כה וַיָּשֻׁבוּ מִתּוּר הָאָרֶץ, (במדבר יג:כה) | 25 Et ils revinrent de cette exploration du pays (Nombres 13:25) |
Dans le passage faisant allusion aux Tsitsit, La Torah utilise exactement la même racine pour nous mettre en garde:
| לט וְלֹא–תָתוּרוּ אַחֲרֵי לְבַבְכֶם וְאַחֲרֵי עֵינֵיכֶם… (במדבר טו:לט) | 39 et vous ne vous égarerez pas à la suite de votre cœur et de vos yeux… (Nombres 15:39) |
La Torah emploie le même registre linguistique pour démontrer que le processus intérieur qui pousse un homme à « errer » ou à se laisser dévoyer par ses pensées et ses yeux est précisément le même que celui des explorateurs lorsqu’ils ont parcouru le pays et interprété de manière erronée ce qu’ils voyaient. Le péché des explorateurs est né d’une interprétation biaisée de ce qu’ils ont vu. Ils ont aperçu des villes fortifiées et des géants, et ont été submergés par une peur psychologique.
| לג וַנְּהִי בְעֵינֵינוּ כַּחֲגָבִים וְכֵן הָיִינוּ בְּעֵינֵיהֶם. (במדבר יג:לג) | 33 nous étions à nos propres yeux comme des sauterelles, et ainsi étions-nous à leurs yeux.” (Nombres 13:33) |
La vue physique a ainsi terrassé la foi du cœur.
Le commandement des Tsitsit vient précisément proposer un mécanisme de défense face à cette faille:
| לט וְהָיָה לָכֶם לְצִיצִת וּרְאִיתֶם אֹתוֹ וּזְכַרְתֶּם אֶת-כָּל-מִצְוֺת יְהוָה וַעֲשִׂיתֶם אֹתָם (במדבר טו:לט) | 39 Cela formera pour vous des franges. Vous les verrez et cela vous rappellera tous les commandements de l’Éternel, afin que vous les exécutiez. (Nombres 15:39) |
Les Tsitsit constituent une sorte de repère visuel visant à « capter » l’œil avant qu’il ne se laisse entraîner par le cœur, afin de rappeler à l’homme son engagement le plus élevé. Au lieu que la vue mène à la chute (comme pour les explorateurs), la vue des Tsitsit conduit au souvenir et à l’action en Erets Israël.
Dans le Talmud (traité Mena’hot), les Sages expliquent la spécificité de la couleur bleu azur (תְּכֵלֶת Tekhelet) teinte sur l’un des fils des Tsitsit :
“תַּנְיָא, הָיָה רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: מָה נִשְׁתַּנָּה תְּכֵלֶת מִכׇּל מִינֵי צִבְעוֹנִין? מִפְּנֵי שֶׁהַתְּכֵלֶת דּוֹמֶה לַיָּם, וְיָם דּוֹמֶה לָרָקִיעַ, וְרָקִיעַ לְכִסֵּא הַכָּבוֹד” (תלמוד בבלי, מנחות מג:ב)
« Il a été enseigné [dans une Baraita], que Rabbi Meïr disait : en quoi le bleu azur (Tekhelet) diffère-t-il d’entre toutes les nuances de couleurs ? Parce que le bleu azur ressemble à la mer, la mer ressemble au ciel, et le ciel ressemble au Trône de Gloire. » (Talmud de Babylone, Traité Mena’hot 43b).
Les explorateurs ont regardé vers le bas — vers la terre, les difficultés, la puissance des habitants du pays. Le fil d’azur des Tsitsit enjoint à l’homme de regarder son vêtement, et de là, à élever intérieurement son regard vers les hauteurs – vers le ciel et le Trône de Gloire. Elle rappelle qu’une direction spirituelle gouverne la réalité physique, ce que les explorateurs ont précisément oublié au moment crucial.
Autrement dit, les deux injonctions divines, le prélèvement de la ‘Halla et celle de ne point détourner son regard du fil d’azur des Tsitsit visent à mettre en connexion le monde matériel (le pain) et la source de Vie par la grâce de laquelle toute forme d’abondance n’existerait pas.
Puis, lorsque la source biblique fait allusion à l’injonction de pratiquer la libation d’huile et de vin (Nombres 15:4-5), elle précise explicitement que ces ordonnances doivent impérativement prendre place en Erets Israël et nulle part ailleurs:
| ב דַּבֵּר אֶל-בְּנֵי יִשְׂרָאֵל, וְאָמַרְתָּ אֲלֵהֶם כִּי תָבֹאוּ אֶל-אֶרֶץ מוֹשְׁבֹתֵיכֶם אֲשֶׁר אֲנִי נֹתֵן לָכֶם. (במדבר טו:ב) | 2 “Parle aux enfants d’Israël et dis-leur: Quand vous serez arrivés dans le pays que je vous destine pour votre établissement (Nombres 15:2) |
Ainsi, si les explorateurs usent de calomnie envers Erets Israël, prétendant que le Pays est dangereux et invivable (« C’est une terre qui dévore ses habitants אֶרֶץ אֹכֶלֶת יוֹשְׁבֶיהָ הִוא » Nombres 13:32), la mitsvah des libations projette exactement l’image inverse, à savoir précisément une vision d’abondance agricole et de sainteté. La fleur de farine (סֹלֶת blé/orge) – לֶחֶם הָאָרֶץ le pain de la terre – שָׁמֵן זַיִת l’huile d’olive – l’or liquide (יִצְהָר Yitzhar) et le vin יַיִן (עֲנָבִים raisins) – le moût (תִּירוֹשׁ Tirosh) – viennent réparer les graves manquements des dix Explorateurs.
La Torah impose au peuple de prendre ce que la terre produit de meilleur sur le plan matériel (céréales, vin et huile) pour le verser sur l’Autel. Ce faisant, ce commandement rectifie la perception biaisée des explorateurs et réoriente le regard du peuple vers la louange, la fertilité et la bonté intrinsèque de la Terre d’Israël. La Terre d’Israël, loin d’être “dévorante” s’avère être nourricière et source de Vie pour tous.
Le commentateur Na’hmanide commente :
“כִּי תָבֹאוּ אֶל אֶרֶץ מוֹשְׁבֹתֵיכֶם – אַחַר שֶׁהִבְטִיחַ אֶת הַבָּנִים שֶׁיָּבֹאוּ אֶל הָאָרֶץ, הִשְׁלִים לָהֶם תּוֹרַת הַקָּרְבָּנוֹת שֶׁיַּקְרִיבוּ נְסָכִים בְּבוֹאָם לָאָרֶץ. וְאוּלַי הָיָה זֶה עַתָּה לְנַחֲמָם וּלְהַבְטִיחָם, כִּי הָיוּ נוֹאָשִׁים לֵאמֹר, מִי יוֹדֵעַ מַה יִהְיֶה לְאֹרֶךְ יָמִים לְסוֹף אַרְבָּעִים שָׁנָה, וְאִם יֶחְטְאוּ גַּם הַבָּנִים. וְלָכֵן רָאָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְנַחֲמָם, כִּי בְּצַוֹּתוֹ אוֹתָם בְּמִצְווֹת הָאָרֶץ הִבְטִיחָם שֶׁגָּלוּי לְפָנָיו שֶׁיָּבֹאוּ וְיִירְשׁוּ אוֹתָהּ. וְהִנֵּה צִוָּה בַּנְּסָכִים בָּאָרֶץ בַּעֲשׂוֹתָם עוֹלוֹת וּזְבָחִים, כִּי בַּמִּדְבָּר לֹא נִתְחַיְּיבוּ בִּנְסָכִים לְבַד בַּתָּמִיד שֶׁנֶּאֱמַר בּוֹ: ״וְנֵסֶךְ רְבִיעִית הַהִין יָיִן לַכֶּבֶשׂ הָאֶחָד״ (שמות כט מ), כִּי שָׁם נֶאֱמַר: ״פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד לִפְנֵי ה’ אֲשֶׁר אִוָּעֵד לָכֶם שָׁמָּה לְדַבֵּר אֵלֶיךָ שָׁם״ (שם פסוק מב). וְכֵן הַנְּשִׂיאִים בַּחֲנֻכָּה שֶׁלָּהֶם לֹא הֵבִיאוּ נְסָכִים. וְרַבּוֹתֵינוּ נֶחְלְקוּ בָּזֶה, מֵהֶם שֶׁאָמְרוּ בְּסִפְרֵי (שלח קז): בָּא הַכָּתוּב לְלַמֶּדְךָ שֶׁלֹּא נִתְחַיְּיבוּ בַּנְּסָכִים אֶלָּא מִבִּיאָתָם לָאָרֶץ וְאֵילָךְ וְכוּ’, וּמֵהֶם שֶׁאָמְרוּ שֶׁלֹּא נִתְחַיֵּב הַיָּחִיד בַּנְּסָכִים אֶלָּא מִבִּיאָתָם לָאָרֶץ וְאֵילָךְ. וְהִשְׁלִים עוֹד תּוֹרַת כֹּהֲנִים וְצִוָּה עַל הַחַלָּה שֶׁלֹּא נָהֲגָה בַמִּדְבָּר. כִּי הַתְּרוּמָה וְהַמַּעֲשֵׂר בְּיָדוּעַ שֶׁלֹּא יִנְהֲגוּ שָׁם, כִּי הֵם מֵרוּחַ הַגּוֹי וּבְחוּצָה לָאָרֶץ. וְיֵשׁ עוֹד שִׁנּוּי בַּחַלָּה עַל דַּעַת רַבּוֹתֵינוּ (כתובות כה א) שֶׁנִּתְחַיְּיבוּ בְַחַלָּה כְּשֶׁנִּכְנְסוּ לָאָרֶץ מִיָּד, וְלֹא נִתְחַיְּיבוּ בַּמַּעַשְׂרוֹת וּבַתְּרוּמָה אֶלָּא לְאַחַר יְרֻשָּׁה וִישִׁיבָה:” (משה בן נחמן על הפסוק במדבר טו:ב)
« Quand vous serez arrivés sur la terre de vos demeures » – “Après avoir assuré aux enfants [de la génération du désert] qu’ils entreraient dans le Pays, [Dieu] a complété pour eux les lois des sacrifices, stipulant qu’ils devaient offrir des libations (נְסָכִים.Nesakhim) à leur entrée en Terre d’Israël. Et peut-être que [ce commandement] intervenait à ce moment précis pour les consoler et leur donner une assurance. En effet, ils étaient désespérés et se disaient : ‘Qui sait ce qu’il adviendra au terme d’une si longue période, à la fin des quarante ans, et si les enfants ne fauteront pas à leur tour ?’ C’est pourquoi le Saint, béni soit-Il, a jugé bon de les consoler: en leur ordonnant des commandements spécifiques à la Terre d’Israël, Il leur garantissait qu’il était manifeste devant Lui qu’ils y entreraient et en hériteraient.
“Ainsi, Il ordonna les libations en Terre d’Israël lors de l’offrande de leurs holocaustes ( עֹלוֹתOlot) et de leurs sacrifices (זְבָחִים Zeva’him). Car dans le désert, ils n’étaient pas astreints aux libations, à l’exception du sacrifice perpétuel (הַתָּמִיד קָרְבָּן Korban HaTamid) au sujet duquel il est dit :
| מ וְנֵסֶךְ, רְבִיעִת הַהִין יָיִן לַכֶּבֶשׂ, הָאֶחָד. (שמות כט:מ) | 40 et une libation d’un quart de vin de vin, pour ce premier agneau. (Exode 29:40) |
“car il y est précisé :
| מב פֶּתַח אֹהֶל-מוֹעֵד לִפְנֵי יְהוָה, אֲשֶׁר אִוָּעֵד לָכֶם שָׁמָּה, לְדַבֵּר אֵלֶיךָ שָׁם. (שמות כט:מב) | 42 à l’entrée de la Tente d’assignation, devant l’Éternel, là où je vous donnerai rendez-vous, où je m’entretiendrai avec toi. (Exode 29, 42) |
“De même, les princes de tribus (נְשִׂיאִים Nessi’im), lors de l’inauguration de l’Autel, n’ont pas apporté de libations.
“Nos Sages divergent sur ce point : certains affirment dans le Sifrei (Shela’h 107) : « Ce verset vient t’enseigner qu’ils n’ont été astreints aux libations qu’à partir de leur entrée en Terre d’Israël, etc. », tandis que d’autres affirment que seul l’individu (יָחִיד Yahid) n’a été astreint aux libations qu’à partir de l’entrée dans le Pays.
“[L’Eternel] a également complété les lois sacerdotales (תּוֹרַת כֹּהֲנִים Torat Kohanim) en ordonnant le prélèvement de la pâte (חַלָּה ‘Halla), qui n’était pas en vigueur dans le désert. En effet, pour le grand prélèvement (תְּרוּמָה Terouma) et la dîme (מַעֲשֵׂר Ma’asser), il est évident qu’ils ne s’appliquaient pas là-bas [en galout], puisqu’ils sont au milieu des Nations [de l’exil] et ne s’appliquent pas en-dehors du désert [de la Terre d’Israël]. De plus, il existe une particularité concernant la ‘Halla, selon l’avis de nos Sages (traité Ketoubot 25a) : ils devinrent astreints à la חַלָּה ‘Halla immédiatement après leur entrée dans le Pays, alors qu’ils ne furent astreints aux dîmes et au grand prélèvement (תְּרוּמָה Terouma) qu’après la conquête et le partage des terres (יְרֻשָּׁה וִישִׁיבָה Yerousha ve-Ychiva)”. (Na’hmanide sur le verset Nombres 15:2)
En somme, toutes les mitsvoth, sans exception aucune, se rattachent à la Terre d’Israël, Erets Israël. Pour preuve, le premier et le dernier mot du Tanakh:
| א בְּרֵאשִׁית, בָּרָא אֱלֹהִים, אֵת הַשָּׁמַיִם, וְאֵת הָאָרֶץ. (בראשית א:א) | 1 A un commencement, le Seigneur créa les cieux et la terre. (Genèse 1:1) |
Les Sages d’Israël expliquent que le mot רֵאשִׁית ReShIT peut se comprendre à travers le verset de Jérémie (2:3) les prémices de sa récolte רֵאשִׁית/תְּבוּאָתֹהReshit Tevouato) où ce même mot compare la Terre d’Israël aux prémices des fruits d’Israël!
| כג כֹּה-אָמַר כּוֹרֶשׁ מֶלֶךְ פָּרַס כָּל-מַמְלְכוֹת הָאָרֶץ נָתַן לִי יְהוָה אֱלֹהֵי הַשָּׁמַיִם וְהוּא-פָקַד עָלַי לִבְנוֹת-לוֹ בַיִת, בִּירוּשָׁלִַם אֲשֶׁר בִּיהוּדָה מִי-בָכֶם מִכָּל-עַמּוֹ יְהוָה אֱלֹהָיו עִמּוֹ–וְיָעַל. (דברי הימים ב, לו:כג) | 23 “Ainsi parle Cyrus, roi de Perse: L’Eternel, Dieu du ciel, m’a mis entre les mains tous les royaumes de la terre, et c’est lui qui m’a donné mission de lui bâtir un temple à Jérusalem, qui est en Judée. S’il est parmi vous quelqu’un qui appartienne à son peuple, que l’Eternel, son Dieu, soit avec lui, pour qu’il monte!…” (II Chroniques 36:23) |
Shabbat Shalom !
Haïm Ouizemann
[1] Parashat Shelakh Lekha: Nombres 13:1-15:41.




