L'hébreu biblique
Le blog de Haïm Ouizemann

Parashat Tétsavé, le secret du fil bleu

וַיִּקְחוּ בְנֵי-אַהֲרֹן נָדָב וַאֲבִיהוּא אִישׁ מַחְתָּתוֹ וַיִּ

Selon le Sefer Ha’Hinoukh, la parashat Tétsavé[1] compte quatre mitsvoth positives (ordonnances divines qu’il incombe à chaque Juif de pratiquer) et trois négatives (ordonnances divines qu’il incombe à chaque Juif de ne pas pratiquer).

  • 4 mitsvoth positives (עֲשֵׂה Asséh)
  • L’allumage et l’aménagement des lampes de la Menorah chaque matin et chaque après-midi. Exode 27:21
  • La fabrication des vêtements sacerdotaux pour les prêtres et le grand prêtre. Exode 28:4
  • Consommer la chair des sacrifices de péché (חַטָּאת ‘Hatat) et de culpabilité (אָשָׁם Asham). Exode 29:33
  • Offrir l’encens chaque matin. Exode 30:7

  • 3 mitsvoth négatives (לֹא עֲשֵׂה Lo Ta’asséh)
  • Interdiction que le חֹשֶׁן / pectoral se détache de l’éphod / אֵפוֹד
  • Interdiction de déchirer le manteau des prêtres
  • Interdiction d’offrir encens ou sacrifices sur l’autel d’or

Le point commun unissant l’ensemble de ces sept mitsvoth de la parachat Tetsavé, selon le Sefer Ha’Hinoukh, réside dans le service cultuel qu’incarne la prêtrise dans la Tente du Rendez-Vous – c’est-à-dire que chacune d’elles est directement liée au travail des Cohanim (Littéralement : “Serviteurs”) dans le Sanctuaire, incluant l’entretien de la menorah, les vêtements, les offrandes perpétuelles et les règles de l’autel.

Or il s’avère que toutes ces ordonnances bibliques, en l’absence du Temple à Jérusalem ou de la Tente du Rendez-Vous, semblent être caduques ou, pour le moins, ne porter aucune signification cultuelle pour un être humain moderne.

En quoi, pourtant, la parashat Tétsavé demeure-t-elle actuelle?

Attachons-nous à comprendre, autant que faire se peut, l’interdiction selon laquelle le חֹשֶׁן pectoral ne peut en aucun cas être détaché de l’éphod אֵפוֹד, mitsvah qui n’est point sans rappeler la mitsvah enjoignant de ne jamais retirer les deux barres de l’Arche d’Alliance.

Que représentent l’éphod אֵפוֹד et le חֹשֶׁן ‘Hoshen (Pectoral) ?

L’éphod (אֵפוֹד) est un vêtement en forme de tablier ou d’étole tissée d’or, de laine azur (תְּכֵלֶת Tékhelet), de pourpre (אַרְגָּמָן Argaman), d’écarlate (תּוֹלַעַת שָׁנִי Tola’at Chani) et de lin fin (שֵׁשׁ מָשְׁזָר shesh moshzar). Sur ses épaules reposent deux pierres d’onyx (שֹׁהַם shoham) gravées des noms des 12 tribus. L’éphod rappelle au Grand-Cohen sa responsabilité de toujours agir pour le bien d’Israël qu’il porte sur ses épaules, d’obtenir son pardon. Quant au ‘hoshen (/ חֹשֶׁן הַמִּשְׁפָּט ‘Hoshen HaMishpat), en forme de plastron carré fixé à l’éphod par des chaînettes d’or, il contient douze pierres précieuses (4 rangées de 3) gravées des noms des douze tribus d’Israël qu’il porte עַל-לִבּוֹ, “sur son cœur” (Exode 28:29). Il sert de médiateur, représentant tout le peuple d’Israël, face à la Divinité pour recevoir les réponses divines (Ourim veToummim/אוּרִים וְתֻמִּים).

Ces deux vêtements sont impérativement unis par des anneaux et un fil de couleur azur:

כח וְיִרְכְּסוּ אֶת-הַחֹשֶׁן מִטַּבְּעֹתָו אֶל-טַבְּעֹת הָאֵפוֹד בִּפְתִיל תְּכֵלֶת לִהְיוֹת עַל-חֵשֶׁב הָאֵפוֹד וְלֹא-יִזַּח הַחֹשֶׁן מֵעַל הָאֵפוֹד. (שמות כח:כח)28 On assujettira le pectoral en joignant ses anneaux à ceux de l’éphod par un cordon d’azur, de sorte qu’il reste fixé sur la ceinture de l’éphod afin que le pectoral ne soit aucunement séparé de l’éphod (Exode 28:28)

Le Sefer Ha’Hinoukh, sur le lien unissant l’éphod au ‘hoshen, commente:

“וּבֶאֱמֶת כִּי מִנּוֹי הָעִנְיָן הוּא, שֶׁלֹּא יִהְיֶה הַחֹשֶׁן נָע וְנָד עַל לוּחַ לִבּוֹ אֶלָּא יַעֲמֹד שָׁם קָבוּעַ כְּמִין חֹמֶר. וְעַד שֶׁשָּׁמַעְנוּ טוֹב מִזֶּה נַחְזִיק בָּזֶה.”

“…Et en vérité, pour ce qui est de cette affaire précise [Takhlit HaShelemout/ תַכְלִית הַשְּׁלֵמוּת / Plénitude de la perfection des instruments de la Tente du Rendez-Vous], c’est que le Pectoral (חֹשֶׁן ‘Hoshen) ne doit pas errer sur son cœur, mais qu’il reste là fixé comme une matière solide (כְּמִין חֹמֶר /KeMin ‘Homer). Et jusqu’à ce que nous comprenions mieux que cela, nous nous en tiendrons à cela.”

Si le Sefer Ha’Hinoukh précise, certes, que les anneaux et le fil d’azur ont pour but technique de maintenir les deux vêtements fortement unis l’un à l’autre, cela ne rajoute rien sur le sens profond de cette union.

Les Sages d’Israël ouvrent une nouvelle perspective de compréhension.

Rabban Gamliel, le Prince (Nassi) du Sanhédrin, impose une condition très stricte pour l’entrée au centre d’étude (Beit HaMidrash):

“Tout élève dont תּוֹכוֹ כְּבָרוֹ (Tokho KeVaro/ son intérieur est comme son extérieur) son intérieur n’est pas comme son extérieur – n’entrera pas au Beit HaMidrash.” (Talmud de Babylone, traité Berakhot 28a)

Rabban Gamliel croyait que seul celui dont les qualités morales internes sont aussi pures que son apparence extérieure est digne de s’occuper de la Torah. À l’inverse, lorsque Rabbi Elazar ben Azaria fut nommé Nassi, il retira le garde à la porte et permit à tous d’entrer, partant du principe que l’étude elle-même peut affiner et purifier l’homme.

Les Sages (חֲזַ”ל ‘Hazal) ont lié ce concept à la structure de l’Arche d’Alliance (אֲרוֹן הַבְּרִית Aron HaBerit) dans le Tabernacle. La Torah ordonne de plaquer l’Arche d’or “de l’intérieur et de l’extérieur” (mibayit oumi’houtsמִבַּיִת וּמִחוּץ ). On en a déduit que l’élève (et l’homme en général) doit être comme l’or: pur aussi bien dans sa partie cachée que dans sa partie visible.

L’éphod (l’extérieur) représente l’action, le vêtement visible, la splendeur du service public, la responsabilité envers l’ensemble du peuple d’Israël (כְּלָל יִשְׂרָאֵל Kelal Israël). Le ‘hoshen placé directement sur le cœur contient le Nom de l’Eternel (l’essence spirituelle) à l’intérieur de son pli. Or, le fil d’azur, aux couleurs des cieux infinis, unissant les deux habits du service cultuel, révèle que seul un lien indéfectible et inamovible entre un cœur pur et sincère permet à toute vocation d’être pleinement menée à son terme. Si le cœur n’est pas à la hauteur de la splendeur du vêtement, le service perd de sa valeur.

יד וַיִּחַר-אַף יְהוָה בְּמֹשֶׁה, וַיֹּאמֶר הֲלֹא אַהֲרֹן אָחִיךָ הַלֵּוִי יָדַעְתִּי כִּי-דַבֵּר יְדַבֵּר הוּא וְגַם הִנֵּה-הוּא יֹצֵא לִקְרָאתֶךָ וְרָאֲךָ וְשָׂמַח בְּלִבּוֹ. (שמות ד:יד)14 Et le courroux de l’Éternel s’alluma contre Moïse et il dit: “Eh bien! c’est Aharon ton frère, le Lévite, que je désigne! Oui, c’est lui qui parlera! Déjà même il s’avance à ta rencontre et à ta vue il se réjouira dans son cœur. (Exode 4:14)

Rashi explique :

וְרָאֲךָ וְשָׂמַח בְּלִבּוֹ. לֹא כְּשֶׁאַתָּה סָבוּר שֶׁיִּהְיֶה מַקְפִּיד עָלֶיךָ שֶׁאַתָּה עוֹלֶה לִגְדֻלָּה. וּמִשָּׁם זָכָה אַהֲרֹן לַעֲדֵי הַחֹשֶׁן הַנָּתוּן עַל הַלֵּב:” (רש”י על הפסוק שמות ד:יד)

Et il [Aaron] te verra [Moïse], se réjouira dans son cœur. Contrairement à ce que tu pensais, il ne s’offusquera pas de ton accession à une haute dignité. C’est cette attitude qui vaudra à Aaron la faveur de porter les ornements du pectoral, qui est placé sur le « cœur ». (Rashi sur le verset Exode 4:14).

La Torah en appelle à un idéal d’intégrité. La valeur réelle d’un homme ne se mesure pas seulement à ses succès extérieurs ou à son apparence, mais à la parfaite adéquation entre son monde intérieur et ses actes publics. Tel est le sens profond de la pratique des mitsvoth divines, l’harmonie entre l’intention (la כַּוָּונָה Kavana) et l’action quotidienne.

רַחֲמָנָא לִבָּא בָּעֵי (תלמוד בבלי, סנהדרין, קו, ב)  (Rahamana Liba Ba’ei)

“Le Miséricordieux (l’Eternel) désire le cœur.” (Talmud de Babylone, Sanhedrin, 106:b)

ח  הֵן-אֱמֶת חָפַצְתָּ בַטֻּחוֹת וּבְסָתֻם חָכְמָה תוֹדִיעֵנִי. (תהלים נא:ח)8 Oui, Toi [l’Eternel] tu exiges la vérité dans le secret des cœurs, dans mon for intime tu m’enseignes la sagesse. (Psaumes 51:8)

[1] Parashat Tetsavé: Exode 27:20-30:10.

Shabbat Shalom!

Haim Ouizemann

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J’ai plus de 30 ans d’expérience dans l’étude et l’enseignement de la Bible. Il n’y a pas de limite à ce que la Bible prodigue comme connaissance et inspiration pour la vie.
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