
La parashat VaEra[1] relate la rencontre de Moïse et de son frère aîné Aaron avec Pharaon afin de persuader ce dernier de laisser partir les fils d’Israël d’Egypte. Pharaon, le tyran tout-puissant d’Egypte, refusant de répondre à la requête de Moïse, doit, alors, répondre à l’ire divine. Les sept premiers fléaux relatés dans notre parashah frappent l’empire pharaonique mais ne réussissent point à convaincre Pharaon de libérer ses esclaves hébreux appelés, un jour prochain, à devenir le peuple d’Israël.
Quel est le sens de la libération d’Egypte?
La sortie d’Egypte conduite par Moïse, le plus grand évènement historique biblique, a pour but de conduire les fils d’Israël dans le désert pour y rendre un culte à l’Eternel, culte précurseur, annonciateur de la réalisation de la promesse divine du Don de la terre d’Israël, Erets Israël.
| טז וְאָמַרְתָּ אֵלָיו יְהוָה אֱלֹהֵי הָעִבְרִים שְׁלָחַנִי אֵלֶיךָ לֵאמֹר שַׁלַּח אֶת-עַמִּי וְיַעַבְדֻנִי בַּמִּדְבָּר וְהִנֵּה לֹא-שָׁמַעְתָּ עַד-כֹּה. (שמות ז:טז; ט:א; יג) | 16 Et tu lui diras: ‘L’Éternel, Divinité des Hébreux, m’avait délégué vers toi pour te dire: Renvoie mon peuple afin qu’ils (les fils d’Israël) me servent dans le désert; or voici que tu n’as pas entendu [obéi] jusqu’à présent. (Exode 7:16; 9:1; 13) |
Le verbe guide de ce verset n’est autre que וְיַעַבְדֻנִי/ VeYaVDOuNi signifiant “qu’ils me servent/ rendent un culte” au Divin. Ce verbe dont la racine est ע.ב.ד./ Ayn.V[B].D. “rendre un culte”, occurrence mentionnée à maintes reprises dans la parashah de ce shabbat et dans la précédente, parashat Shemot (Exode 3:12; 4:23) enseigne combien la sortie d’Egypte n’est en rien la finalité d’une aliénation aboutissant à la liberté mais son début. Tout commence avec la liberté retrouvée ! Un homme, une femme, un enfant ne peuvent en aucun cas s’épanouir sans liberté de conscience, d’expression et de mouvement. Il en est de même pour tout peuple dirigé autoritairement, comme nous en sommes témoins en Iran où toute forme de manifestation contre le régime des Mollah-Ayatollahs est réprimée dans la violence et le sang. L’on compte déjà des milliers de morts parmi les manifestants.
Pourquoi la source biblique met-elle tant d’importance sur ce verbe וְיַעַבְדֻנִי/ VeYa’aVDOuNi / “qu’ils me servent/ rendent un culte” à l’Eternel?
Le terme וְיַעַבְדֻנִי/ VeYa’aVDOuNi / “qu’ils me servent/ rendent un culte” possède un double sens. Cette racine ע.ב.ד./ Ayn.V[B].D. peut être comprise dans son sens négatif, à savoir “être asservi, servir comme esclave”:
| יד וַיְמָרְרוּ אֶת-חַיֵּיהֶם בַּעֲבֹדָה קָשָׁה בְּחֹמֶר וּבִלְבֵנִים וּבְכָל-עֲבֹדָה בַּשָּׂדֶה אֵת כָּל-עֲבֹדָתָם אֲשֶׁר-עָבְדוּ בָהֶם בְּפָרֶךְ. (שמות א:יד) | 14 Et ils [les Egyptiens] leur [aux Hébreux] rendirent la vie amère par des travaux pénibles sur l’argile et la brique, par des corvées rurales, outre les autres labeurs auxquels ils furent asservis par la force. (Exode 1:14) |
Mais elle peut être comprise également dans son sens positif. Autrement dit, les Hébreux sont appelés en sortant d’Egypte à briser les chaînes de la servitude de l’empire tyrannique d’Egypte pour d’autres chaînes, celles de l’Eternel. Seuls ceux qui rendent un culte à l’Eternel, se rattachant à la Transcendance mystérieuse mais providentielle, peuvent se libérer de toute forme d’image, d’idole, d’idéologie aliénante, de culte de la personnalité comme au temps de Staline, Lénine, Hitler et bien d’autres encore.
Comment pouvons-nous savoir que la Transcendance du Divin constitue la source suprême de Liberté quand on s’y attache en Le servant?
| ב וַיֹּאמֶר פַּרְעֹה מִי יְהוָה אֲשֶׁר אֶשְׁמַע בְּקֹלוֹ לְשַׁלַּח אֶת-יִשְׂרָאֵל לֹא יָדַעְתִּי אֶת-יְהוָה וְגַם אֶת-יִשְׂרָאֵל לֹא אֲשַׁלֵּחַ. (שמות ה:ב) | 2 Et Pharaon répondit: “Qui est l’Éternel dont je dois écouter la parole en laissant partir Israël? Je ne connais point l’Éternel et certes je ne renverrai point Israël.” (Exode 5:2) |
La réponse de Pharaon à Moïse lui enjoignant de libérer les Hébreux esclaves en Egypte enseigne le lien intime et étroit entre le fait de reconnaître l’Eternel et le renvoi des Hébreux. Autrement dit, la chute des empires et la fin des totalitarismes témoignent de la victoire de la Transcendance divine sur le pouvoir extrême des hommes et révèle combien l’Histoire des Hébreux, d’abord esclaves puis serviteurs de l’Eternel, rayonne dans le monde entier comme un modèle de liberté pour tous. Le pasteur Martin Luther King voyait l’Amérique ségrégationniste comme l’Égypte oppressive, les marches de Selma et de Montgomery comme le passage de la Mer des Joncs et la victoire des plaies d’Egypte contre la tyrannie. Cette rhétorique biblique inspira son discours I Have a Dream (1963) et galvanisa le mouvement d’émancipation des droits civiques aux Etats-Unis par l’adoption du Civil Rights Act (1964) et du Voting Rights Act (1965).
A ce propos, le préambule des Dix Paroles données au mont Sinaï, préparant Israël à rendre un culte fidèle à l’Eternel, débutent non point par la reconnaissance du Divin comme Créateur de toute la Nature mais essentiellement comme le Libérateur d’Israël. L’Eternel veut la Liberté, l’Homme doit la construire! La Liberté n’est point un droit, elle est d’abord un devoir qui s’impose à nous tous !
| ב אָנֹכִי יְהוָה אֱלֹהֶיךָ אֲשֶׁר הוֹצֵאתִיךָ מֵאֶרֶץ מִצְרַיִם מִבֵּית עֲבָדִים לֹא-יִהְיֶה לְךָ אֱלֹהִים אֲחֵרִים עַל-פָּנָי. (שמות כ:ב) | 2 Je suis l’Éternel, ton Seigneur, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, d’une Maison d’esclavage. Tu n’auras point d’autre divinité à côté de Moi. (Exode 20:2) |
[1] Parashat VaEra: Exode 6:2-9-35.
Shabbat shalom!
Haim Ouizemann




