L'hébreu biblique
Le blog de Haïm Ouizemann

Parashat VaYera, Pour une éthique de la responsabilité

וַיִּקְחוּ בְנֵי-אַהֲרֹן נָדָב וַאֲבִיהוּא אִישׁ מַחְתָּתוֹ וַיִּ

La parashah précédente Lekh Lekha relate le départ d’Avraham de Our Qasdim en Mésopotamie pour la terre d’Israël, Erets Israël. Dans notre parashah[1], nous comprenons le sens de cette Alyah vers la terre promise.

יט כִּי יְדַעְתִּיו לְמַעַן אֲשֶׁר יְצַוֶּה אֶת-בָּנָיו וְאֶת-בֵּיתוֹ אַחֲרָיו וְשָׁמְרוּ דֶּרֶךְ יְהוָה לַעֲשׂוֹת צְדָקָה וּמִשְׁפָּט לְמַעַן הָבִיא יְהוָה עַל-אַבְרָהָם, אֵת אֲשֶׁר-דִּבֶּר עָלָיו. (בראשית יח:יט)19 Si Je [L’Eternel] l’ai distingué [Avraham], afin qu’il prescrive/ ordonne à ses fils et à sa maison après lui d’observer la voie de l’Éternel, en pratiquant la justice et le droit; afin que l’Éternel accomplisse sur Abraham ce qu’il a déclaré à son égard.” (Genèse 18:19)

Ce verset constitue l’une des pierres essentielles, le fondement de toute la vocation hébraïque du peuple d’Israël. En effet, il nous enseigne que la raison principale de l’élection d’Avraham réside dans la volonté divine de le présenter comme modèle par excellence de l’éthique au sein d’Israël. La vocation d’Avraham, après sa longue marche de Our Qasdim vers Elon Moreh (Genèse 12:6), ne repose point sur l’idée de fonder une nouvelle religion mais plutôt une nouvelle éthique pour un monde où le genre humain trouverait sa juste place. Le livre du Deutéronome débute par la Justice sans laquelle aucune société ne peut se maintenir. Tous les prophètes d’Israël, mus par le sens de la justice, ont pour vocation d’accomplir la parole divine relative au devoir de protéger la veuve, l’orphelin, l’étranger et le Lévi (Isaïe 1:17; Jérémie 7:6; Zacharie 7:10).

Que revêt donc ce modèle d’éthique?

Trois évènements marquent cette parashah: l’hospitalité offerte à trois inconnus; la tentative de sauver au moins dix justes à Sodome et Gomorrhe et le “sacrifice d’Isaac”.

Ces trois évènements ont ceci de marquant que, pris ensemble, ils révèlent le nouveau modèle d’éthique incarné par Avraham.

Avraham s’avère révéler une noblesse d’esprit peu commune en conviant gracieusement ses invités à s’associer à son repas:

ה וְאֶקְחָה פַת-לֶחֶם וְסַעֲדוּ לִבְּכֶם אַחַר תַּעֲבֹרוּ כִּי-עַל-כֵּן עֲבַרְתֶּם עַל-עַבְדְּכֶם וַיֹּאמְרוּ כֵּן תַּעֲשֶׂה כַּאֲשֶׁר דִּבַּרְתָּ. (בראשית יח:ה) 5 Et je vais apporter une tranche de pain, vous réparerez vos forces, puis vous poursuivrez votre chemin, puisque aussi bien vous avez passé près de votre serviteur.” Et ils répondirent: “Fais ainsi que tu as dit”. (Genèse 18:5)

Avraham, après la généreuse réception offerte à ses trois invités venus de nulle part et dont l’identité demeure inconnue de tous, s’efforce de sauver au moins les dix justes qui pourraient encore se trouver au sein des cinq cités corrompues de Sodome, Gomorrhe, Adma, Tsevoïm et Tsoar. En vain! Avraham ne cherche en aucune manière à sauver les méchants mais les justes!

כה חָלִלָה לְּךָ מֵעֲשֹׂת כַּדָּבָר הַזֶּה לְהָמִית צַדִּיק עִם-רָשָׁע וְהָיָה כַצַּדִּיק כָּרָשָׁע חָלִלָה לָּךְ-הֲשֹׁפֵט כָּל הָאָרֶץ לֹא יַעֲשֶׂה מִשְׁפָּט. (בראשית יח:כה)25 Loin de toi d’agir ainsi, de frapper l’innocent avec le coupable, les traitant tous deux de même façon! Loin de toi! Celui qui juge toute la terre serait-il un juge inique?” (Genèse 18:25)

Avraham ose, d’une certaine manière ou plutôt d’une manière certaine, entamer un dialogue fructueux avec l’Eternel pour essayer d’affiner la justice divine. C’est probablement la position de la tradition hébraïque qui prône la participation d’Avraham et de ses descendants aux desseins de l’Eternel pour l’Humanité.

C’est pourquoi l’Eternel requiert de l’Homme qu’il se questionne sur les grandes questions éthiques. En comparaison d’Avraham, les Sages d’Israël reprochent à Noa’h (Noé) de s’être contenté de construire l’arche sans avoir dit mot sur ses contemporains pour les sauver.  

Finalement, quatre cités sur cinq sont à tout jamais détruites et retournent au néant (Genèse 19:24-25). Seule Tsoar est préservée de la destruction par le mérite d’Avraham.

Puis la source biblique consacre un chapitre entier (chapitre 22) à l’un des épisodes les plus dramatiques et mystérieux du TaNaKh, à savoir le “sacrifice d’Isaac” ou “ligature d’Isaac”. Si l’on s’en tient à la littéralité du texte, il ressort qu’Avraham s’exécute sans même dire mot, à la manière de Noa’h, comme s’il était comme lui encore sous la coupe de l’Alliance.

Comment expliquer l’attitude d’Avraham face à l’épreuve du sacrifice de son fils aimé Isaac, malgré l’assurance du maintien de l’Alliance divine à travers Isaac?

יט וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים אֲבָל שָׂרָה אִשְׁתְּךָ יֹלֶדֶת לְךָ בֵּן וְקָרָאתָ אֶת-שְׁמוֹ יִצְחָק וַהֲקִמֹתִי אֶת-בְּרִיתִי אִתּוֹ לִבְרִית עוֹלָם לְזַרְעוֹ אַחֲרָיו. כא וְאֶת-בְּרִיתִי, אָקִים אֶת-יִצְחָק, אֲשֶׁר תֵּלֵד לְךָ שָׂרָה לַמּוֹעֵד הַזֶּה, בַּשָּׁנָה הָאַחֶרֶת. (בראשית יז:יט;כא)19 Et le Seigneur répondit: “Certes, Sarah, ton épouse, te donnera un fils, et tu le nommeras Isaac. Je maintiendrai mon pacte avec lui, comme pacte perpétuel à l’égard de sa descendance… 21 Pour mon Alliance, Je l’établirai avec Isaac, que Sarah t’enfantera à pareille époque, l’année prochaine.” (Genèse 17:19;21)

Il semblerait que Sarah ait davantage la notion de cette continuité, car, pour la préserver, elle n’a de cesse de renvoyer Hagar et Ismaël:

י וַתֹּאמֶר, לְאַבְרָהָם, גָּרֵשׁ הָאָמָה הַזֹּאת, וְאֶת-בְּנָהּ:  כִּי לֹא יִירַשׁ בֶּן-הָאָמָה הַזֹּאת, עִם-בְּנִי עִם-יִצְחָק. 10 et elle [Sarah] dit à Abraham: “Renvoie cette servante et son fils; car le fils [Ishmaël] de cette esclave n’héritera point avec mon fils, avec Isaac.” (Genèse 21:10)

Avraham n’avait-il point connaissance de l’interdiction formelle de sacrifier des êtres humains à Molekh, comme cela fut le cas en Mésopotamie à Our Qasdim (Lévitique 20:2-5; 18:21; Deutéronome 18:10)? Comment expliquer qu’il se soit révolté contre l’Eternel à propos du nombre de justes à sauver à Sodome et à Gomorrhe et qu’il se soit tu à l’appel divin de verser le sang de son propre fils Isaac?

Il semble que l’une des raisons principales expliquant le “sacrifice d’Isaac” réside au cœur même de l’injonction divine de transmettre la justice et le droit:

יט כִּי יְדַעְתִּיו, לְמַעַן אֲשֶׁר יְצַוֶּה אֶת-בָּנָיו וְאֶת-בֵּיתוֹ אַחֲרָיו, וְשָׁמְרוּ דֶּרֶךְ יְהוָה, לַעֲשׂוֹת צְדָקָה וּמִשְׁפָּט… (בראשית יח:יט)19 Si Je [L’Eternel] l’ai distingué [Avraham], afin qu’il prescrive/ ordonne à ses fils et à sa maison après lui d’observer la voie de l’Éternel, en pratiquant la justice et le droit…” (Genèse 18:19)

Si, certes, Avraham se conduit avec noblesse envers les étrangers en leur offrant sa tente et en les protégeant par la force de sa bonté naturelle et innée, ne devrait-il point, en premier lieu, représenter un modèle pour sa propre famille, pour ses enfants et les générations futures? Autrement dit, l’épreuve dramatique de la “ligature d’Isaac” vise à enseigner à Avraham que l’éthique doit avant tout être tournée vers soi-même! C’est pourquoi l’Eternel empêche au dernier moment le sacrifice de celui qui est appelé à devenir le deuxième Patriarche d’Israël.

“ עֲנִיֵּי עִירֶךָ קוֹדְמִין Les pauvres de ta ville passent avant” (Talmud de Babylone, Baba Metsi’ah, 71:a; cf. Exode 22 : 24) est un principe juridique et une règle morale centrale, selon laquelle il faut accorder la priorité à l’aide aux nécessiteux (צְדָקָה Tsedaqah et prêt) qui se trouvent dans la proximité d’un individu, avant de secourir les nécessiteux issus d’endroits plus lointains.

Quel est le sens de ce que l’Eternel “a déclaré à l’égard” d’Avraham?

יט … לְמַעַן הָבִיא יְהוָה עַל-אַבְרָהָם אֵת אֲשֶׁר-דִּבֶּר עָלָיו. (בראשית יח:יט)19 … afin que l’Éternel accomplisse sur Abraham ce qu’il a déclaré à son égard.” (Genèse 18:19)

Le modèle d’éthique qu’incarne Avraham ne peut en aucun cas se restreindre aux Hébreux mais est destiné à s’étendre au-delà du peuple d’Israël.

Que déclare donc l’Eternel à Avraham?

L’Eternel déclare à Avraham qu’il deviendra une source de bénédiction pour toutes les Nations, à la condition expresse qu’il parvienne à se transformer lui-même en source de bénédiction… pour sa famille. Alors, “toutes les familles de la Terre seront bénies par lui”:

ב וְאֶעֶשְׂךָ לְגוֹי גָּדוֹל וַאֲבָרֶכְךָ וַאֲגַדְּלָה שְׁמֶךָ וֶהְיֵה בְּרָכָה. ג וַאֲבָרְכָה מְבָרְכֶיךָ וּמְקַלֶּלְךָ אָאֹר וְנִבְרְכוּ בְךָ כֹּל מִשְׁפְּחֹת הָאֲדָמָה. (בראשית יב:ב-ג) 2 Et Je te ferai devenir une grande nation; je te bénirai, je rendrai ton nom glorieux, et sois bénédiction. 3 Et Je bénirai ceux qui te béniront, et qui t’outragera je le maudirai; et par toi seront heureuses toutes les familles de la terre.” (Genèse 12:2-3)

[1] Parashat VaYera: Genèse 18:1-22:24.

Shabbat shalom !

Haim Ouizemann

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J’ai plus de 30 ans d’expérience dans l’étude et l’enseignement de la Bible. Il n’y a pas de limite à ce que la Bible prodigue comme connaissance et inspiration pour la vie.
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