L'hébreu biblique
Le blog de Haïm Ouizemann

Parashat VaYeshev, la loi du lévirat et l’étincelle du Messie

וַיִּקְחוּ בְנֵי-אַהֲרֹן נָדָב וַאֲבִיהוּא אִישׁ מַחְתָּתוֹ וַיִּ

La parashat VaYeshev[1] est généralement lue et étudiée le Shabbat précédant la fête de Hanoucca commémorant la victoire des Maccabées (Cohanim) sur les Grecs (Séleucides), la victoire de la lumière sur l’obscurité, la victoire de l’identité hébraïque sur l’assimilation grecque.

Comment pouvons-nous associer cette lecture biblique à Hanoucca, la fête des Lumières?

Une lecture attentive de la parashat VaYeshev révèle une étrange découpe de la source biblique. En effet, le début du chapitre 39 s’avère être la continuité directe de la fin du chapitre 37.

לו וְהַמְּדָנִים מָכְרוּ אֹתוֹ, אֶל-מִצְרָיִם:  לְפוֹטִיפַר סְרִיס פַּרְעֹה, שַׂר הַטַּבָּחִים. (בראשית לז:לו)36 Quant aux Midianites, ils le vendirent en Égypte à Putiphar, officier de Pharaon, chef des gardes. (Genèse 37:36)
א וְיוֹסֵף, הוּרַד מִצְרָיְמָה; וַיִּקְנֵהוּ פּוֹטִיפַר סְרִיס פַּרְעֹה שַׂר הַטַּבָּחִים, אִישׁ מִצְרִי, מִיַּד הַיִּשְׁמְעֵאלִים, אֲשֶׁר הוֹרִדֻהוּ שָׁמָּה. (בראשית לט:א) 1 Et Joseph fut donc emmené en Égypte. Putiphar, officier de Pharaon, chef des gardes, égyptien, l’acheta aux ishmaélites qui l’avaient conduit dans ce pays. (Genèse 39:1)   

Pourquoi la source biblique n’a-t-elle point fait succéder selon une suite chronologique les deux chapitres 37 et 39? Pourquoi le chapitre 38 s’intercale-t-il entre ces deux chapitres, interrompant de manière impromptue et sans raison apparente la succession des évènements dramatiques concernant Joseph?

Le chapitre 38 relate l’histoire de Yehoudah (Juda) avec sa belle-fille Tamar. Il s’interpose entre les chapitres 37 et 39 comme une parenthèse dans l’histoire de Joseph pour mettre en exergue le principe du lévirat:  

ח וַיֹּאמֶר יְהוּדָה לְאוֹנָן, בֹּא אֶל-אֵשֶׁת אָחִיךָ וְיַבֵּם אֹתָהּ וְהָקֵם זֶרַע לְאָחִיךָ. (בראשית לח:ח)8 Alors Juda dit à Onan: “Épouse la femme de ton frère en vertu du lévirat, afin de constituer une postérité à ton frère.” (Genèse 38:8)

Pour la première fois dans la Tora, apparaît la source de l’injonction (mitsvah) du lévirat, Yiboum (יְבּוּם). Cette injonction du lévirat, explicitement mentionnée à la parashat Ki Tetsé dans le livre de Dévarim (Deutéronome) est l’une des plus particulières de toute la Tora:

ה כִּי-יֵשְׁבוּ אַחִים יַחְדָּו וּמֵת אַחַד מֵהֶם וּבֵן אֵין-לוֹ לֹא-תִהְיֶה אֵשֶׁת-הַמֵּת הַחוּצָה לְאִישׁ זָר יְבָמָהּ יָבֹא עָלֶיהָ וּלְקָחָהּ לוֹ לְאִשָּׁה וְיִבְּמָהּ. (דברים כה:ה) 5 Si des frères demeurent ensemble et que l’un d’eux vienne à mourir sans postérité, la veuve ne pourra se marier au dehors à un étranger; c’est son beau-frère qui doit s’unir à elle. Il la prendra donc pour femme, exerçant le lévirat à son égard. (Deutéronome 25:5)

Selon cette loi unique et conditionnelle du lévirat dans la Tora, le frère (le יָבָם yavam) est tenu d’épouser sa belle-sœur (יְבָמָה yévama) devenue veuve afin d’obtenir avec elle une descendance considérée spirituellement et familialement comme celle de son frère décédé.

Il est à noter que la Tora formule l’interdiction absolue de toute relation intime entre une femme mariée et le frère de son propre époux. Mais, à l’instant où elle est devenue veuve et sans enfants, l’interdit est annulé. Au contraire, il est recommandé pour perpétuer le nom du frère défunt:

כא וְאִישׁ אֲשֶׁר יִקַּח אֶת-אֵשֶׁת אָחִיו נִדָּה הִוא עֶרְוַת אָחִיו גִּלָּה, עֲרִירִים יִהְיוּ. (ויקרא כ:כא)21 Et si quelqu’un épouse la femme de son frère, c’est une impureté; il a découvert la nudité de son frère, ils demeureront sans lignée. (Lévitique 20:21)

Le commandement positif du lévirat annule l’interdit d’épouser la femme du frère lorsque les conditions de la Torah sont remplies (frère du même père, mort du frère sans descendance). Le lévirat autorise exceptionnellement la relation intime pour perpétuer le nom du défunt, transformant littéralement l’interdiction des unions incestueuses (issour Erva/ Arayiot אׅסּוּר עֲרָיוֹת) en devoir sacré. 

Onan, le deuxième fils de Yehoudah, fuit le lévirat envers son frère défunt Er, “car sa descendance ne serait pas à lui” et décède à son tour. Yehoudah promet, alors, à Tamar que lui sera donné son troisième fils, toujours dans le cadre du lévirat. Pourtant, cette promesse est sans cesse repoussée (Genèse 38:11). A la suite de quoi, Tamar décide d’ourdir un subterfuge afin de séduire Yehoudah, alors que son épouse est déjà décédée. Celui-ci monte à Timna pour la tonte de ses moutons avec son ami Hira l’Adoullamite. Informée, Tamar enlève ses vêtements de veuve, se voile comme une prostituée “sacrée” (קְדֵשָׁה Qédesha) et s’assied à l’entrée d’Enayim sur le chemin de Timna. Yehoudah s’unit à elle, lui promettant un chevreau en paiement; elle exige en gage son sceau, ses cordons et son bâton .Trois mois plus tard, on rapporte à Yehoudah que Tamar est enceinte du fait de s’être prostituée. Il ordonne de la brûler vive. Elle envoie alors les gages:

כה הִוא מוּצֵאת וְהִיא שָׁלְחָה אֶל-חָמִיהָ לֵאמֹר לְאִישׁ אֲשֶׁר-אֵלֶּה לּוֹ אָנֹכִי הָרָה וַתֹּאמֶר הַכֶּר-נָא–לְמִי הַחֹתֶמֶת וְהַפְּתִילִים וְהַמַּטֶּה הָאֵלֶּה. (בראשית לח:כה)25 Comme on l’emmenait, elle envoya dire à son beau père: “Je suis enceinte du fait de l’homme à qui ces choses appartiennent.” Et elle dit: “Examine, je te prie, à qui appartiennent ce sceau, ces cordons et ce bâton.” (Genèse 38:25)

Yehouda admet:

כו וַיַּכֵּר יְהוּדָה וַיֹּאמֶר צָדְקָה מִמֶּנִּי כִּי-עַל-כֵּן לֹא-נְתַתִּיהָ לְשֵׁלָה בְנִי. (בראשית לח:כו)26 Juda les reconnut et dit: “Elle est plus juste que moi, car il est vrai que je ne l’ai point donnée à Shéla mon fils.” (Genèse 38:26)

De cette union naissent des jumeaux: lors du travail, une main sort (marquée d’un fil rouge par la sage-femme), mais c’est Perets qui naît en premier, suivi de Zéra.

Cette lignée – via Perets celui qui ouvre littéralement “une brèche”  –mènera à David, à la royauté et au Messie, transformant un subterfuge en pivot providentiel de la grande Histoire d’Israël.​ 

יח וְאֵלֶּה תּוֹלְדוֹת פָּרֶץ, פֶּרֶץ הוֹלִיד אֶת-חֶצְרוֹן. יט וְחֶצְרוֹן הוֹלִיד אֶת-רָם וְרָם הוֹלִיד אֶת-עַמִּינָדָב. כ וְעַמִּינָדָב הוֹלִיד אֶת-נַחְשׁוֹן וְנַחְשׁוֹן הוֹלִיד אֶת-שַׂלְמָה. כא וְשַׂלְמוֹן הוֹלִיד אֶת-בֹּעַז, וּבֹעַז הוֹלִיד אֶת-עוֹבֵד. כב וְעֹבֵד הוֹלִיד אֶת-יִשָׁי, וְיִשַׁי הוֹלִיד אֶת-דָּוִד.  (רות ד:יח)18 Or, voici quels furent les descendants de Pérets: Pérets engendra Hetsron; 19 Hetsron engendra Ram et Ram engendra Amminadav; 21 Salma engendra Boaz et Boaz engendra Obed; 22 Oved engendra Yisshay (Jessé), et Jessé engendra David. (Ruth 4:18)

Les voies de l’Eternel sont impénétrables. Le chapitre 38 se révèle, donc, être une étincelle cachée annonçant la future naissance du Messie issu de la lignée de David! Ainsi, l’échec du Yibboum (lévirat) inaccompli par Onan trouve son plein et entier accomplissement par le biais de Ruth la Moabite qui, s’unissant à Boaz dont l’ancêtre n’est autre que Yehoudah, va donner naissance à Oved, qui devient le fils de Naomi, veuve de Elimelech de la tribu de Benyamin. (Ruth 1:2).

י וְגַם אֶת-רוּת הַמֹּאֲבִיָּה אֵשֶׁת מַחְלוֹן קָנִיתִי לִי לְאִשָּׁה לְהָקִים שֵׁם-הַמֵּת עַל-נַחֲלָתוֹ וְלֹא-יִכָּרֵת שֵׁם-הַמֵּת מֵעִם אֶחָיו וּמִשַּׁעַר מְקוֹמוֹ:  עֵדִים אַתֶּם, הַיּוֹם. (רות ד:י)10 Et Ruth aussi, la Moabite, femme de Ma’hlon, je l’acquiers comme épouse pour maintenir le nom du défunt à son patrimoine et empêcher que le nom du défunt ne s’éteigne parmi ses frères et dans sa ville natale. Vous en êtes témoins en ce jour!” (Ruth 4:10)

Au temps de Ruth, les Sages permettaient qu’un proche parent puisse pratiquer le lévirat en l’absence d’un frère vivant du défunt:

יב וִיהִי בֵיתְךָ כְּבֵית פֶּרֶץ אֲשֶׁר-יָלְדָה תָמָר לִיהוּדָה מִן-הַזֶּרַע אֲשֶׁר יִתֵּן יְהוָה לְךָ מִן-הַנַּעֲרָה הַזֹּאת. (רות ד:יב)12 Que ta maison soit comme la maison de Pérets, que Tamar enfanta à Juda, grâce aux enfants que le Seigneur te fera naître de cette femme!” (Ruth 4:12)

Le lien unissant la parashat VaYeshev à Hanouccah réside dans l’histoire des Maccabées (dynastie hasmonéenne, 167-37 avant notre ère) qui, issus de la tribu des Levi, vont non seulement restaurer l’indépendance politique du royaume de Juda, mais surtout, son indépendance spirituelle! Le Messie d’Israël ne viendra que lorsque les deux dimensions spirituelle et nationale seront totalement réunies comme la fête de Hanouccah nous l’enseigne !

א וַיְדַבֵּר יְהוָה אֶל-מֹשֶׁה לֵּאמֹר. ב דַּבֵּר אֶל-אַהֲרֹן וְאָמַרְתָּ אֵלָיו בְּהַעֲלֹתְךָ אֶת-הַנֵּרֹת אֶל-מוּל פְּנֵי הַמְּנוֹרָה יָאִירוּ שִׁבְעַת הַנֵּרוֹת. ג וַיַּעַשׂ כֵּן אַהֲרֹן אֶל-מוּל פְּנֵי הַמְּנוֹרָה הֶעֱלָה נֵרֹתֶיהָ כַּאֲשֶׁר צִוָּה יְהוָה אֶת-מֹשֶׁה. (במדבר ח:א-ג)1 Et l’Éternel parla à Moïse en ces termes: 2 “Parle à Aaron et dis-lui: Quand tu feras monter les lampes, c’est vis-à-vis de la face du candélabre que les sept lampes doivent projeter la lumière.” 3 Ainsi fit Aaron: c’est vis-à-vis de la face du candélabre qu’il en disposa les lampes, comme l’Éternel l’avait ordonné à Moïse. (Nombres 8:1-3)

[1] Parashat VaYeshev: Genèse 37:1-40:23.

Shabbat shalom!

Haim Ouizemann

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